Portrait de Olympes de Gouges (1748–1793).
Elle avait écrit que la femme a le droit de monter à l'échafaud et devrait également avoir le droit de monter à la tribune. Le Tribunal révolutionnaire s'apprêtait à lui donner, sur le premier point, pleinement satisfaction.
Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, était née en 1748 à Montauban. Elle était venue à Paris, avait fréquenté les salons, écrit des pièces de théâtre, et en 1791 avait rédigé la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" : un texte qui reprenait article par article la Déclaration de 1789 pour en souligner l'exclusion systématique des femmes. Elle l'avait dédiée à Marie-Antoinette, ce qui était déjà suspect.
En juillet 1793, elle fit placarder dans Paris un texte intitulé "Les trois urnes, ou le salut de la patrie", dans lequel elle proposait que les Français votent entre trois formes de gouvernement : la République, un régime fédéral, ou la monarchie constitutionnelle. C'était inacceptable pour les Montagnards au pouvoir. Le jour même, le 20 juillet, elle fut arrêtée.
Le 6 août 1793, elle fut déférée au Tribunal révolutionnaire et emprisonnée à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, au 135-137 du boulevard Saint-Germain, dans le 6e arrondissement. Elle contracta une infection dans les conditions de détention et fut transférée à l'infirmerie de la Petite-Force.
Le 3 novembre 1793, elle fut jugée, condamnée et guillotinée place de la Révolution. Elle avait quarante-cinq ans.
La phrase sur l'échafaud et la tribune est tirée de sa Déclaration de 1791. Elle n'y voyait pas une prophétie mais une évidence : qui peut mourir pour la cité peut aussi parler en son nom. La Révolution lui donna l'échafaud. La tribune attendit.