Jussieu évacuée : le dernier acte de Mai 68

Faculté des sciences de Jussieu

La police attaque l'université, mai 1968.

Ce matin-là, il n'y avait plus grand monde à évacuer.

Le 5 juillet 1968, les forces de l'ordre évacuent la faculté des sciences de l'université de Paris, place Jussieu, dans le 5e arrondissement. C'est l'un des derniers bâtiments encore occupés à Paris. Mais le campus est presque vide. Le mouvement qui avait paralysé la France pendant six semaines s'est éteint bien avant cette matinée de juillet.

Tout avait commencé en mai. La Sorbonne occupée, la nuit des barricades du 10 au 11 mai dans le Quartier latin, la grève générale du 13 — des millions de travailleurs, les usines bloquées, la France entière à l'arrêt. Le 29 mai, de Gaulle disparaît, rejoignant en secret le général Massu à Baden-Baden. Le pays croit la République vacillante. Le lendemain, il revient, prononce à la radio un discours de quatre minutes, annonce des élections. Le 30 mai, une foule immense défile en sa faveur sur les Champs-Élysées.

Les élections des 23 et 30 juin donnent à la majorité gaulliste un triomphe sans précédent sous la Ve République. Les Français ont eu peur, et la peur a voté. Le 16 juin, la police avait déjà repris la Sorbonne sans résistance notable. Les grandes centrales syndicales avaient accepté les accords de Grenelle fin mai. Les usines avaient repris. La grève s'était défaite d'elle-même.

Il reste quelques dizaines d'étudiants à Jussieu, dans des salles décorées d'affiches, où traînent des tracts et des journaux de comités d'action. Le 5 juillet, les policiers entrent. Il n'y a pas de heurts.

La séquence avait duré sept semaines. Elle avait semblé tout remettre en question — l'université, le travail, le pouvoir, les mœurs. Elle se conclut par une opération de police ordinaire sur un campus d'été déserté.

Pourtant, la loi Edgar Faure d'orientation de l'enseignement supérieur est votée dès novembre 1968. Autonomie universitaire, participation des étudiants aux conseils, pluridisciplinarité : les réformes réclamées depuis des années sont adoptées dans les mois qui suivent la défaite. Ce que la révolution n'avait pas obtenu, la défaite l'accorde.

Bibliographie