La grève des carrossiers, avenue Parmentier

Usine d'armes d'Auguste Pihet

Grèves ouvrières du 19e siècle en France.

Ce matin de septembre, les ouvriers de l'avenue Parmentier n'ont pas décidé de faire la révolution, mais la machine à les écraser s'est mise en branle.

Le 2 septembre 1840, des heurts violents éclatent à l'usine d'Auguste Pihet, 3 avenue Parmentier, dans le faubourg du Temple. Les carrossiers, serruriers et mécaniciens en grève depuis plusieurs jours occupent les ateliers ; la police et la troupe sont appelées pour les en déloger. On dénombre deux mille grévistes mobilisés, quatre cents arrestations, et un sergent de ville tué dans les affrontements. C'est l'une des journées les plus violentes d'un été social qui s'embrase dans toute la capitale.

L'été 1840 est l'un des moments les plus agités de la Monarchie de Juillet. On compte cent trente grèves en quelques semaines, dans une dizaine de corps de métier : tailleurs de pierre, menuisiers, typographes, serruriers. Les corporations ouvrières de Paris, privées depuis le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier de 1791 de tout droit à s'organiser collectivement, résistent néanmoins par des formes informelles de coalition. L'article 415 du Code pénal punit ces coalitions de prison, mais les ouvriers s'organisent malgré tout, à travers les sociétés de secours mutuel et les réseaux de compagnonnage.

Le quartier de l'avenue Parmentier, dans ce faubourg du Temple où les métiers du métal et du bois cohabitent depuis le XVIIe siècle, est un des foyers de cette agitation. L'usine Pihet est un atelier de fabrication d'armes partiellement reconverti en atelier de carrosserie. Lorsque la troupe arrive pour expulser les grévistes, la résistance est réelle : des outils servent d'armes, les quatre cents arrestations qui suivent décapitent provisoirement le mouvement.

Marx et Engels, qui étudieront ces épisodes dans leurs analyses du mouvement ouvrier français, y verront les premières esquisses d'une conscience de classe qui ne sait pas encore son nom. La contradiction est déjà là, nettement visible en 1840 : l'État bourgeois de la Monarchie de Juillet, qui se réclame des libertés de 1789, réprime dans le sang l'exercice collectif de ces mêmes libertés dès qu'elles menacent la propriété.

Trois ans plus tard, les grandes grèves de 1840 nourriront la réflexion de Louis Blanc dans "L'Organisation du travail" (1841), et formeront une partie du terreau intellectuel qui mène aux journées de juin 1848 et, au-delà, à la Commune. Chaque fois, la même réponse de l'État face à l'organisation ouvrière naissante : les bâtons de la police et les fusils de la troupe.

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