Jardin d’acclimatation
Événements à cette adresse
3 événements · 1870 — 1931De 1877 à 1931, à la lisière du bois de Boulogne, le Jardin d'acclimatation montre aux Parisiens des hommes, des femmes et des enfants venus d'Afrique, d'Amérique ou d'Océanie, présentés comme des « sauvages », parfois derrière des grilles, à côté des cages des animaux de leur région.
Le jardin naît sous le Second Empire. La Société impériale zoologique d'acclimatation, fondée en 1854 par le zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, obtient en 1858 de la Ville la concession de quinze hectares au nord du bois, pour un « jardin d'agrément et d'exposition d'animaux utiles de tous pays ». Gabriel Davioud et Jean-Pierre Barillet-Deschamps l'aménagent, Napoléon III l'inaugure le 6 octobre 1860 : ours, girafe, chameaux, kangourous. Pendant le siège de 1870, les derniers animaux, comme les éléphants Castor et Pollux, sont abattus pour nourrir les Parisiens.
En 1877, le fils d'Isidore, Albert Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du jardin de 1865 à 1893, organise un « spectacle ethnologique » pour attirer le public : une petite troupe de Nubiens. Le succès est immédiat. En un quart de siècle, le jardin monte vingt-deux exhibitions humaines, d'Africains surtout, mais aussi d'Amérindiens, de Lapons ou de Cosaques ; un groupe de Kali'nas de Guyane, les « Galibis », attire quatre cent mille visiteurs. Toute une industrie se met en place, avec ses imprésarios, comme Jean-Alfred Vigé ou Aimé Bouvier, et ses recruteurs dans les colonies, jusqu'à l'île de Gorée.
La science s'en mêle. Des anthropologues viennent étudier les « spécimens » et publient dans les revues savantes ; le prince Roland Bonaparte en tire des photographies « ethnographiques ». Pour l'historien Pascal Blanchard, ces images et ces articles « légitiment l'ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races ». Les contemporains ne sont pas tous dupes : dès 1882, l'anthropologue Léonce Manouvrier conteste ce qu'on prétend apprendre des « indigènes parqués au Jardin d'acclimatation », et en 1886 la Société d'anthropologie juge que la visite ne mérite plus une délégation.
Après 1903, les exhibitions s'espacent, une dizaine jusqu'en 1931, mais elles prennent un tour plus nettement colonial : Sénégal, Afrique du Nord, Nouvelle-Calédonie. La dernière accompagne l'Exposition coloniale de Vincennes. En 1931, une association d'anciens coloniaux, associée au cirque Hagenbeck, exhibe des danseurs kanaks présentés comme des guerriers cannibales ; on les place dans la fosse aux ours. Le public paie « pour voir des êtres hors norme ». Ils viennent de la Kanaky où la République avait déporté les communards.
En 2013, une plaque est posée dans le jardin : les « zoos humains » y sont dits « symboles d'une autre époque où l'autre avait été regardé comme un “animal” en Occident ». Le 15 juin 2026, le Parlement adopte le retour en Guyane des dépouilles de six Amérindiens exhibés en 1892 et morts sur place. Le jardin, devenu parc de loisirs, a été réaménagé en 2017 par le groupe LVMH, dont la fondation Louis-Vuitton, autorisée en 2006 « dans des conditions contestées », s'élève sur l'emplacement de son ancien bowling.
Paris assiégé manque de viande : à la fin de 1870, il mange ses éléphants.
Depuis septembre 1870, l’armée prussienne encercle Paris, et la viande manque. Les ménageries y passent : au Jardin des plantes, on abat d’abord les grands herbivores, antilopes, chameaux, yaks et zèbres ; les singes, trop proches des hommes, sont épargnés, et les hippopotames, dont on demande 80 000 francs, ne trouvent pas d’acheteur.
Castor et Pollux, deux éléphants de six ans, appartiennent au Jardin d’acclimatation, au bois de Boulogne, où ils ont promené « des pensionnats entiers sur leur dos ». À la mi-septembre, pour les mettre à l’abri du siège, la Société d’acclimatation les confie avec ses autres animaux à la ménagerie du Muséum, au Jardin des plantes. À la mi-décembre, faute de fourrage, elle se résout à les vendre : M. Deboos, de la Boucherie anglaise du boulevard Haussmann, les paie 27 000 francs. Le Muséum, qui a du foin, garde ses propres éléphants : ils survivront au siège.
Pollux est abattu le matin du 29 décembre, Castor le lendemain, à la carabine à balle explosive de l’armurier Devisme, devant Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Jardin d’acclimatation, et des naturalistes ; selon Le Gaulois, c’est Milne-Edwards fils qui tire. La trompe se vend 40 à 45 francs la livre, le reste 10 à 14 francs. Le 31 décembre, Edmond de Goncourt voit chez le boucher « la trompe écorchée du jeune Pollux » et mange le soir, chez Voisin, « le fameux boudin d’éléphant ». Le café Voisin affichait déjà un « consommé d’éléphant » à son menu de Noël.
Une date du 29 novembre circule encore pour la mort de Castor : la presse de l’époque la dément, qui décrit les éléphants vivants le 27 décembre.
64 154 civils périront de faim et de maladie pendant le siège.