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9 novembre 1880
Événement

Retour de déportation en Kanaky de Louise Michel, acclamée par des milliers de Parisiens à la gare Saint-Lazare

Gare St Lazare
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L'arrivée de Louise Michel à la gare Saint-Lazare, le 9 novembre 1880, dessin de Daniel Vierge. Daniel Vierge · domaine public — Wikimedia Commons

Le 9 novembre 1880, des milliers de Parisiens attendent à la gare Saint-Lazare une institutrice de cinquante ans qui rentre de sept ans de déportation. Elle ne se souviendra que de la foule et de La Marseillaise.

Institutrice à Montmartre, garde au 61e bataillon, ambulancière, Louise Michel était sur la butte le 18 mars 1871, quand le peuple empêcha l’armée d’enlever les canons de la garde nationale. Le 24 mai, en pleine Semaine sanglante, elle s’est livrée pour qu’on relâche sa mère, arrêtée à sa place. Devant le conseil de guerre, elle a réclamé sa « part » de plomb, puisque, disait-elle, tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à cela. Condamnée en décembre 1871 à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée, embarquée en 1873, elle a passé sept ans en Nouvelle-Calédonie ; elle y est devenue anarchiste, a appris une langue kanak et, quand les Kanaks se sont soulevés en 1878, a pris leur parti, contrairement à d’autres déportés.

L’amnistie, votée par la Chambre le 11 juillet 1880, la libère. Elle apprend en même temps que sa mère vient d’avoir une attaque. Elle rentre par Sydney, puis jusqu’à Londres sur un bateau anglais, avec ses chats dans une cage à perroquet. À Londres, les proscrits de la Commune la reçoivent : on ne s’était pas revu depuis dix ans, écrit-elle, et l’on croyait « revivre les jours de la Commune ». Dans la gare londonienne, ils chantent La Marseillaise jusqu’au départ du train ; à Dieppe, d’autres amis l’attendent.

Le mardi 9, vers midi, le train entre en gare Saint-Lazare. La foule attend depuis onze heures : huit mille personnes selon la presse, vingt mille selon l’historien Samuël Tomei. « Où est donc Clemenceau ? » aurait demandé la voyageuse. Louis Blanc, Clemenceau, Rochefort l’embrassent tour à tour ; Vallès et Olivier Pain sont là. On crie « Vive Louise Michel ! Vive la Commune ! » et « Vive l’amnistie ! ». La police a pris de grandes précautions, mais la bousculade est telle qu’on doit faire sortir la voyageuse par la gare des marchandises, d’où elle part en voiture ; la foule, elle, remonte l’avenue de l’Opéra en chantant La Marseillaise. Le Figaro prête à son retour des épisodes burlesques ; il aurait mieux fait, répond-elle, de remarquer ce que son amie Marie, Jules Vallès et elle cachaient sous leurs manteaux : des chats rapportés de Nouméa.

Photographie : Louise Michel en buste, cheveux tirés, col de dentelle noire
Louise Michel vers 1880 — anonyme · domaine public — Wikimedia Commons

Pour la presse conservatrice, jusqu’à l’étranger, elle reste la pétroleuse de la Commune. Un journal catholique, Le Courrier de la Meuse, fait la comparaison : ces jours-là, le gouvernement expulse les congrégations, et une centaine de fidèles ont été arrêtés pour avoir crié « Vivent les Capucins ! » ; « Vive la Commune ! », ironise-t-il, serait donc un cri moins séditieux. « La Commune se sent de plus en plus chez elle à Paris », conclut-il.

Le lendemain, elle écrit à Rochefort et à Pain. Elle ne veut pas qu’on fête sa personne, mais « la Révolution sociale et les femmes de cette Révolution ». Affolée par l’idée de revoir sa mère, elle n’a rien compris avant d’être à la gare Saint-Lazare : « J’ai vu seulement cette grande foule grondante que j’aimais tant autrefois. » Elle en tire une leçon qui annonce ses années anarchistes : plutôt que de livrer la foule à de nouvelles hécatombes, mieux vaut « ne risquer qu’une tête », et « les nihilistes ont raison ».

Manuscrit : une lettre de Louise Michel adressée au citoyen Henri Rochefort, directeur de L’Intransigeant, sur papier jauni, avec un timbre
Copie d’une lettre de Louise Michel à Henri Rochefort, 12 novembre 1880 (fonds Boris Souvarine, Institut de hautes études internationales, Genève) — Wikimedia Commons

Elle est rentrée avec dix autres déportés. Deux mois plus tard, son roman La Misère commence à paraître en feuilleton, et elle reprend les réunions publiques, salle Graffard ou à l’Élysée-Montmartre. « C’est à Montmartre que j’ai marché autrefois, écrivait-elle, c’est avec Montmartre que je marche aujourd’hui. »

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.