Inaugurée en 1874 au 44 rue de la Victoire, la grande synagogue de Paris est la deuxième d'Europe par la taille, après celle de Budapest. Elle a vu se marier Alfred Dreyfus et a été frappée par une bombe de l'extrême droite en 1941.
Sous la Restauration et le Second Empire, la communauté juive de Paris passe de 12 000 à 25 000 membres. On décide de bâtir une nouvelle synagogue par souscription ; le baron Gustave de Rothschild en est le principal souscripteur, et la Ville offre le terrain, où siégeait dans les années 1830 la légation des États-Unis. Alfred-Philibert Aldrophe, architecte du Consistoire, la dessine dans un style néo-byzantin ; commencée en 1867, elle ouvre au culte en 1875. Sur la façade, un verset d'Isaïe : « ma maison sera appelée maison de prières pour tous les peuples ».
Le 21 avril 1890, le capitaine Alfred Dreyfus y épouse Lucie Hadamard ; le grand rabbin Zadoc Kahn, futur dreyfusard, officie. Dans les années suivantes, le journaliste Theodor Herzl, venu couvrir l'Affaire pour un journal viennois, y prie plusieurs fois ; c'est là, écrit-il en 1894, que « l'idée s'est renforcée » qu'il devait « faire quelque chose pour les juifs ».
Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941, une bombe y explose : le Mouvement social révolutionnaire d'Eugène Deloncle frappe six synagogues de Paris. En 1942, des miliciens profanent le tabernacle ; en 1943, à la sortie de l'office de Roch Hachana, police et Gestapo contrôlent les identités, mais les responsables de la communauté, prévenus, ont caché les fidèles en situation irrégulière. Restaurée jusqu'en 1967, propriété de la Ville, la synagogue est classée monument historique en 1987.
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