En 1780, Pierre Gouthière, le plus grand ciseleur-doreur de son temps, se fait bâtir un hôtel néoclassique au 6 de l'actuelle rue Pierre-Bullet. Huit ans plus tard, ruiné, il doit le vendre. Ses clients s'appelaient Marie-Antoinette, le comte d'Artois, Mme du Barry.
Fils d'un sellier de Bar-sur-Aube, Gouthière reprend en 1758 l'atelier de son maître, dont il épouse la veuve. Protégé du duc d'Aumont, il est nommé en 1767 « seul doreur ordinaire des Menus-Plaisirs du roi ». Il invente la dorure au mat. Marie-Antoinette paie 12 000 livres une coupe de jaspe rouge montée par lui ; ses bronzes ornent les demeures de la reine, de la favorite, du comte d'Artois et du financier Baudard de Saint-James.
L'hôtel, entre cour et jardin, est attribué à Joseph Métivier ou à François-Victor Perrard de Montreuil. En haut d'un large perron, le tympan du portail montre deux muses couronnant de laurier un buste d'Apollon. Ruiné en 1788, Gouthière vend la maison au notaire Hercule Arnoult, qui fait faire les décors intérieurs ; les sphinx « retour d'Égypte » du perron datent sans doute de l'Empire.
Mme du Barry ne l'a jamais payé. Quand ses biens sont saisis, sous la Révolution, elle lui doit 756 000 livres, dont il ne touchera pas un sou. Réduit, diront ses fils dans un procès contre les héritiers de la favorite, « à solliciter une place à l'hospice », il meurt dans la misère en 1813. Depuis 1981, son hôtel abrite le conservatoire municipal Hector-Berlioz.
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