Le 12 avril 1962, le général de Gaulle inaugure à la pointe de l'île de la Cité un monument dédié à l'ensemble des déportés de France entre 1941 et 1944. Georges-Henri Pingusson l'a enfoui sous le square : on y descend par un escalier étroit et raide, voulu difficile pour évoquer les souffrances des déportés.
La pointe orientale de l'île, en contrebas du square de l'Île-de-France, abritait autrefois la Morgue de Paris, jusqu'à sa fermeture. Le Réseau du Souvenir, association née de la déportation, y commande un monument, dont il fera don à l'État le 29 février 1964. Il le confie à Georges-Henri Pingusson (1894-1978), ingénieur et architecte du mouvement moderne : membre de l'Union des artistes modernes aux côtés de Robert Mallet-Stevens, auteur en 1932 de l'hôtel Latitude 43 à Saint-Tropez, il a dirigé après la guerre la reconstruction de la Sarre, puis de la Moselle. Le chantier dure de 1954 à 1964, avec une contrainte : ne pas disputer la vue à Notre-Dame, toute proche. Pingusson enterre donc le programme dans une crypte.
Vu du square, le mémorial ressemble à un bunker de pierre blanchâtre. Tout est en béton, couvert d'un enduit martelé où l'on a pris des graviers venus de diverses régions de France, si bien que l'ensemble a l'air d'une pierre brute. Au bas des marches, une cour triangulaire s'ouvre sur la Seine par une fente horizontale barrée de pointes de fer : le visiteur, presque au niveau du fleuve, ne voit plus que l'eau qui passe et, au-dessus de lui, le ciel. Le monde continue à bouger au dehors ; lui en est séparé.
De la cour, une crypte aux passages étroits et faiblement éclairés s'enfonce dans la masse. Derrière une grille, un long couloir porte sur ses murs 200 000 bâtonnets de verre, pour dire les innombrables victimes des camps nazis. À son entrée repose un déporté inconnu, exhumé de la nécropole nationale du Struthof, en Alsace, et transféré ici le 10 avril 1962. Dans deux recoins, à droite et à gauche, des urnes logées dans des niches triangulaires contiennent de la terre prise dans les différents camps et des cendres rapportées des fours crématoires. Sur les murs, des extraits de Robert Desnos, Paul Éluard, Louis Aragon, Vercors, Antoine de Saint-Exupéry, Jean-Augustin Maydieu et Jean-Paul Sartre.
Le mémorial est classé monument historique en 2007. Sa restauration, achevée en 2015 sous la direction de Christophe Batard, architecte en chef des monuments historiques, a rendu au béton son épiderme et au parcours sa difficulté, tout en l'ouvrant aux personnes à mobilité réduite ; des salles d'exposition l'accompagnent désormais. L'entrée est libre tous les jours, et chaque dernier dimanche d'avril, Journée nationale du souvenir de la déportation, une cérémonie s'y tient.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.