La mort de Flesselles, prévôt des marchands, devant l'Hôtel de Ville, le 14 juillet 1789.
Peinture de Jean-Baptiste Lallemand. Musée Carnavalet.
La salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville donne sur la place de Grève — ce vieux carrefour des exécutions publiques, où Paris a l'habitude de venir regarder mourir. Ce 12 juillet 1789, elle abrite une assemblée qui ne devrait plus exister : les quatre cent sept électeurs parisiens, ces notaires, marchands et avocats qui avaient au printemps désigné les représentants de Paris aux États généraux. Leur mandat est épuisé. Versailles délibère. Mais les électeurs ont continué à se réunir ici depuis juin, convaincus de tenir encore un gouvernail.
Ce dimanche, les événements se déclenchent sans eux. Depuis le matin, Paris sait : le roi a renvoyé Necker. Au Palais-Royal, Camille Desmoulins a sauté sur une table du café de Foy. On promène en cortège funèbre les bustes de cire de Necker et du duc d'Orléans, voilés de crêpe noir. Place Louis XV, la cavalerie du prince de Lambesc charge la foule. Et sur la place de Grève, devant l'Hôtel de Ville, la masse grossit heure par heure. Elle réclame des armes. Elle réclame que quelqu'un prenne Paris en main.
Les portes cèdent. Des centaines d'hommes entrent en criant, remplissent la salle Saint-Jean, montent aux tribunes. Ils n'ont pas l'intention de piller : ils exigent un commandement. Les électeurs reculent contre les murs. À l'autre bout du bâtiment, le prévôt des marchands Jacques de Flesselles temporise, promet des armes qui n'arrivent pas, écrit en secret à Versailles pour rassurer la cour. La foule n'attend plus : elle ordonne aux électeurs d'agir. Et c'est sous cette pression, cette pression seule, que naît dans la nuit du 12 au 13 juillet le Comité permanent — embryon du gouvernement municipal révolutionnaire de Paris, fondé à contrecœur par des bourgeois qui n'avaient pas choisi d'être révolutionnaires. Le lendemain, ce comité cherche des armes aux Invalides. Le surlendemain, la Bastille tombe.
Marx, dans La Guerre civile en France, identifiera cette mécanique : le peuple pousse, la bourgeoisie prend les commandes — et s'y installe. En juillet 1789, l'escalier n'est pas encore monté ; personne dans la salle Saint-Jean ne sait encore ce qui attend en haut.
Le 14 juillet au soir, la foule retrouve Flesselles sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Elle a trouvé sur lui une lettre à Versailles. Elle le tue d'un coup de pistolet — à l'endroit même où, quarante-huit heures plus tôt, il avait essayé de la tenir à distance.