Léon Blum vient expliquer sa position de non intervention en Espagne

Luna Park/Fête-meeting de la Fédération de la Seine du PS

Léon Blum (1872-1950) au congrès socialiste de 1927.

Agence de presse Meurisse 

Il y a des décisions qui brisent l'homme qui les prend avant de briser ceux qu'elles abandonnent.

Le Luna Park, au carrefour des Sablons dans le 16e arrondissement, est ce soir-là le cadre d'une fête-meeting de la Fédération de la Seine du Parti socialiste. Plusieurs milliers de militants et de sympathisants sont venus entendre Léon Blum, président du Conseil depuis le 4 juin 1936, chef du gouvernement de Front populaire. La guerre civile espagnole a commencé le 18 juillet. Les républicains espagnols réclament des armes à la France; les phalangistes de Franco en reçoivent d'Allemagne et d'Italie. Blum doit expliquer pourquoi il ne livre pas.

L'explication est douloureuse. Blum est socialiste, internationaliste, soutien naturel de la République espagnole. Mais la Grande-Bretagne de Baldwin refuse toute intervention qui pourrait élargir le conflit; une livraison d'armes sans accord britannique risque de fracturer l'entente franco-britannique au moment où Hitler réarme. Le gouvernement français, partagé entre Radicaux prudents et Socialistes divisés, s'est rallié à la politique de non-intervention proposée à l'ensemble des puissances européennes: un accord signé en août 1936 par vingt-sept États, que l'Allemagne et l'Italie s'empresseront de violer.

Blum monte à la tribune. Sa voix est calme, son discours pesé. Il sait qu'une partie de la salle lui en veut. Le PCF, converti depuis 1935 à la politique de Front populaire, réclame une aide ouverte aux républicains; une fraction du PS partage cette exigence. Blum ne se dérobe pas: "Jusqu'à la dernière limite de mon pouvoir, et jusqu'au dernier souffle de ma vie, s'il le faut, je ferai tout pour détourner la guerre de ce pays."

La formule est belle. Elle ne convainc pas tout le monde. Dans les mois qui suivent, Madrid tient grâce aux Brigades internationales et aux armes soviétiques, pendant que la non-intervention laisse les républicains en infériorité matérielle face à une coalition fasciste que personne ne sanctionne. Blum laissera passer quelques convois clandestins par les Pyrénées, tardivement. Ce ne sera pas suffisant.

La défaite de la République espagnole en 1939 hantera durablement la gauche française. Elle posait une question que le Luna Park n'avait pas résolue: peut-on défendre la démocratie sans prendre les risques qu'elle exige?

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