French School - Louis XI (1423–1483), King of France - 355511 - National Trust
Un roi qui ne guerroie guère en personne fait défiler Paris en armes — pour que d'autres y regardent à deux fois.
Le 20 avril 1474, Louis XI convoque les Parisiens en armes dans le faubourg Saint-Antoine. Le spectacle est destiné aux ambassadeurs du roi d'Aragon, Jean II, avec qui les relations sont tendues depuis une décennie autour du Roussillon et de la Cerdagne. Le roi de France n'a aucune intention de livrer bataille — ce n'est pas son style. Mais il tient à ce que ses interlocuteurs repartent avec une image précise de ce que Paris peut mettre sur pied.
Plusieurs dizaines de milliers d'hommes défilent le long de la grande rue qui mène à la porte Saint-Antoine. Bourgeois, artisans, marchands — la milice parisienne n'est pas une armée de métier, mais sa masse impressionne. Louis XI connaît l'effet de la démonstration de force : celui qui montre ses griffes n'a pas toujours besoin de s'en servir.
Le choix du faubourg Saint-Antoine n'est pas anodin. Hors les murs, l'artère est assez large et dégagée pour accueillir un tel déploiement — et elle le restera : c'est par cette même voie que les cortèges royaux feront leur entrée solennelle dans Paris pendant encore deux siècles. En 1474, le faubourg n'est encore qu'un ruban de maisons et d'ateliers qui s'étire depuis la bastille Saint-Antoine vers l'abbaye du même nom. Louis XI, trois ans plus tôt, a d'ailleurs accordé aux artisans du domaine de l'abbaye une exemption des jurandes parisiennes — un privilège qui transformera le quartier en capitale du meuble et du bois ouvré.
Quant aux ambassadeurs d'Aragon, ils ont de quoi méditer. Le Roussillon, que Jean II avait engagé à la France par le traité de Bayonne en 1462, reste une pomme de discorde. Louis XI ne le rendra pas de bon gré — et la revue du faubourg vient le rappeler sans qu'un seul mot soit échangé sur le sujet. La diplomatie de l'Universelle Aragne passe aussi par la mise en scène.