Stèle des 20 membres de la FPA tués en opération (carré militaire du cimetière parisien de Thiais).
Le 15 août 1961, Lazhar Ensighaoui est retrouvé sur le trottoir de la rue du Marché des Blancs-Manteaux, dans le 4e arrondissement : à demi étranglé, torturé, abandonné là après avoir été enlevé par un commando du Front de libération nationale. Il était en permission. Il mourra à l'hôpital des suites de ses blessures. Ensighaoui était agent de la Force de police auxiliaire (FPA), corps de supplétifs algériens musulmans engagés par la préfecture de police de Paris pour combattre la Fédération de France du FLN sur le sol métropolitain. On les appelait les « calots bleus ».
La FPA a été créée le 1er décembre 1959, sur décision du Premier ministre Michel Debré, à l'initiative de Maurice Papon, préfet de police de Paris depuis 1958. Forte de deux cent cinquante à quatre cents hommes répartis en trois compagnies, casernée au fort de Noisy à Romainville et commandée par le capitaine Raymond Montaner, elle est déployée dans les quartiers à forte densité algérienne : la Goutte-d'Or dans le 18e, les rues du 13e arrondissement. Sa mission : neutraliser les réseaux du FLN, tarir les cotisations levées de force auprès des travailleurs algériens, démanteler l'organisation politique et armée. Infiltration, surveillance des hôtels et cafés, rafles, recrutement d'indicateurs : les méthodes de la FPA sont celles de la contre-insurrection transposée en métropole. Les interrogatoires incluent la torture, pratiquée dans les sous-sols du commissariat de la Goutte-d'Or. Ce « scandale des caves qui chantent » est dénoncé dès 1961 par Paulette Péju dans son livre Les harkis à Paris : la guerre d'Algérie se joue aussi dans les caves de Paris.
Le FLN riposte. Face à une unité qui connaît ses réseaux, ses codes, ses hommes, la Fédération de France déclenche une guerre d'élimination contre les agents de la FPA. Dès 1960 et tout au long de 1961, les attaques se multiplient : agents abattus en pleine rue, à l'entrée de leur immeuble, parfois en plein service. Lazhar Ensighaoui en est une victime parmi dix-neuf que comptera la FPA dans la seule catégorie des « assassinés » ; vingt-sept autres tomberont au combat, quatre-vingt-deux seront blessés. Il était en permission ce jour-là, dans un quartier du Marais qui n'avait rien d'un front militaire.
Deux mois plus tard, le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d'Algériens manifesteront pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire imposé par Papon. La répression fera plusieurs dizaines de morts, dont certains jetés dans la Seine par la police. Les calots bleus participeront à cette journée.
La rue du Marché des Blancs-Manteaux ne porte aucune trace de ce qui s'y est passé le 15 août 1961.