Trotsky et son fils Léon Sedov
Le 16 février 1938, Léon Sédov meurt à la clinique Mirabeau, dans le 16ᵉ arrondissement de Paris, officiellement des suites d’une opération pour une appendicite supposée bénigne. Fils aîné de Léon Trotski et l’un de ses principaux collaborateurs, il est au cœur du dispositif trotskyste en exil : organisation des liaisons clandestines avec l’URSS, rédaction du Bulletin de l’opposition, dénonciation des procès de Moscou.
Son admission à la clinique s’est faite sous une fausse identité, dans un établissement où opère un médecin lié aux milieux soviétiques, ce qui nourrit dès l’origine les soupçons. Les complications post‑opératoires, la mise à l’écart de ses proches, la disparition ou la rétention d’éléments médicaux renforcent l’idée d’un assassinat maquillé en décès naturel. Pour Trotski et pour de nombreux historiens, Sédov a été victime d’une opération du GPU, la police politique de Staline, qui traque systématiquement les opposants en exil.
Depuis plusieurs années, le jeune homme vivait sous pression permanente. Des agents staliniens infiltrent les groupes trotskystes parisiens, dont l’un des plus connus, Mark Zborowski (« Étienne »), parvient à se rapprocher de lui et à surveiller ses faits et gestes. Des projets d’attentat contre Sédov avaient déjà été déjoués, notamment une tentative de guet‑apens à Mulhouse.
La mort de Sédov frappe Trotski en plein cœur : au‑delà du deuil d’un fils, c’est la perte de son collaborateur le plus proche, celui qui assurait une grande partie des liaisons, de la logistique et de la production politique du courant trotskyste européen. L’épisode de la clinique Mirabeau illustre jusqu’où Staline est prêt à aller pour éliminer ses adversaires : après les grandes purges en URSS, la chasse aux opposants se joue aussi dans les couloirs feutrés d’un établissement parisien.