Transformations haussmanniennes de la Ville de paris, Charles Marville, BHVP
Georges Eugène Haussmann naît le 27 mars 1809 au 53 rue du Faubourg Saint-Honoré, dans un Paris que son futur préfet va raser aux deux tiers pour reconstruire.
Nommé par Napoléon III en 1853, il dirige pendant dix-sept ans la plus grande transformation urbaine qu'une capitale européenne ait jamais connue : 27 000 immeubles détruits, 102 000 construits, 165 kilomètres de nouvelles voies ouvertes, les grands boulevards, les parcs, les égouts, les réseaux d'eau. Le Paris médiéval disparaît. Le Paris haussmannien le remplace.
Marx, qui observait tout cela depuis Londres, ne s'y trompait pas. Dans Le Capital, il décrit le système haussmannien comme "la pratique bourgeoise générale de la solution de la question du logement" : expulser les pauvres des centres-villes, détruire les quartiers populaires denses qui avaient permis les barricades de 1830 et 1848, créer des avenues assez larges pour la cavalerie et l'artillerie. La transformation esthétique dissimulait une opération militaire et sociale. Les ouvriers chassés vers les faubourgs reprendraient les armes en 1871 — depuis Belleville et Montmartre, précisément les hauteurs qu'Haussmann n'avait pas eu le temps de percer.
Benjamin, lecteur de Marx, y verra aussi autre chose : le fantasme d'une ville rendue transparente, sans recoins, sans mystère — et les passages couverts, survivances du vieux Paris, comme autant de résistances poétiques à ce projet de clarté totale.
Haussmann mourra en 1891, sans avoir tout à fait compris ce qu'il avait fait.