Naissance du futur Napoléon III, neveu de Napoléon 1er

Hôtel de St Julien

  Rue Pillet-Will - 9e arr. (emplacement)

Hortense de Beauharnais portraiturée en 1811 avec ses fils : Napoléon-Louis (à gauche) et, dans ses bras, Charles-Louis-Napoléon, futur Napoléon III.François Gérard

Dans la nuit du 20 au 21 avril 1808, un enfant naît dans un hôtel particulier du quartier de la Chaussée-d'Antin. Son oncle règne sur l'Europe. Lui finira à Chislehurst, dans le Kent.

L'hôtel Bollioud de Saint-Julien, rue Cerutti — c'est le nom que porte alors la rue Laffitte — est une demeure cossue bâtie vers 1772 par l'architecte Moreau-Desproux pour un fermier général. Louis Bonaparte, frère cadet de Napoléon et roi de Hollande depuis 1806, l'a acquis quatre ans plus tôt. C'est là que son épouse Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine, met au monde leur troisième fils dans la nuit du 20 avril. L'enfant est prénommé Charles-Louis-Napoléon.

L'Empire est alors à son zénith. Napoléon prépare l'entrevue d'Erfurt avec le tsar Alexandre, l'Espagne va s'embraser, l'Europe plie sous les aigles. Rue Cerutti, dans la douceur d'un salon de la Chaussée-d'Antin, personne ne se doute que ce nouveau-né traversera l'exil, la prison, un coup d'État, un sacre, une guerre désastreuse et une chute — le tout en l'espace d'une vie qui calquera, en accéléré et en mineur, la trajectoire de l'oncle.

Le couple parental, lui, est déjà en ruine. Louis, ombrageux et possessif, supporte mal Hortense, que Napoléon lui a pour ainsi dire imposée. Le mariage, scellé en 1802 pour consolider l'alliance entre Bonaparte et Beauharnais, est un désastre intime. Hortense tiendra l'hôtel de la rue Cerutti comme un petit royaume à elle — les Parisiens le connaîtront bientôt sous le nom d'« hôtel de la Reine Hortense ».

L'enfant grandira loin de Paris, entre la Suisse, l'Italie et l'Angleterre. Il y reviendra en 1848, porté par la magie du nom — élu président de la République au suffrage universel, puis empereur par le coup d'État du 2 décembre 1851. Le neveu refait le geste de l'oncle, mais en farce, écrira Marx dans une formule devenue proverbiale : « Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois — la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » C'est l'ouverture du 18 Brumaire de Louis Bonaparte, et c'est l'acte de naissance littéraire de l'enfant de la rue Cerutti.

L'hôtel a été démoli en 1899. La rue Pillet-Will, percée sur son emplacement, en a effacé la dernière trace. Une plaque, apposée bien plus tard, rappelle la naissance. Du quartier de la Chaussée-d'Antin tel que le connaissait Hortense — salons, hôtels entre cour et jardin, vie mondaine du Premier Empire — il ne reste à peu près rien. Les banques ont remplacé les boudoirs.