Trois semaines après la proclamation de la République, Marc Caussidière, nouveau préfet de police révolutionnaire, compulse les dossiers saisis rue de Jérusalem. Il y découvre une longue série de rapports signés « Pierre », remontant à 1838 : des comptes rendus minutieux des sociétés secrètes républicaines, de leurs réunions, de leurs complots. L'auteur a tout vu, tout entendu — il était des leurs.
Les soupçons se portent aussitôt sur Lucien Delahodde, journaliste, membre de la Société des droits de l'homme depuis 1832, installé à la préfecture en qualité de secrétaire général depuis la révolution. La confrontation des écritures lève le doute.
Caussidière convoque pour le soir même, dans la chambre qu'Alexandre Martin — l'ouvrier Albert — occupe au Luxembourg, seize des personnes désignées dans les rapports : Grandmesnil, Tiphaine, Sobrier, Bocquet, Bergeron, Pilhes, Léchallier, Mercier, Caillaud et d'autres. Albert lui-même ignore l'objet de la réunion. Caussidière arrive en compagnie de Delahodde, avec lequel il a dîné. Quand la salle est au complet, il prend la parole : « Citoyens, il y a un traître parmi nous. »
En s'entendant nommer, Delahodde bondit sur sa chaise et s'élança vers la porte. Caussidière l'avait devancé, tirant de sa poche un pistolet, il lui barrait le passage. Confondu par les dossiers, Delahodde implore la grâce. Albert intercède. On évoque le poison. Il fut résolu qu'on le laisserait vivre, mais qu'on le garderait au secret à la préfecture de police, avant transfert à la Conciergerie.
Delahodde était immatriculé rue de Jérusalem sous le pseudonyme de « Pierre » depuis 1838. Dix ans d'infiltration au cœur du mouvement républicain.