Exécution de Thomas Mahy, Marquis de Favras, Place de Grève, 19 février 1790, BnF
Le 19 février 1790, la place de Grève offre l’un de ses premiers grands spectacles politiques de la Révolution : la pendaison du marquis Thomas de Mahy de Favras. Gentilhomme pauvre mais très lié aux milieux royalistes, il est accusé d’avoir participé à un complot visant à soustraire la famille royale à Paris, mobiliser des troupes suisses et allemandes, et, selon les rumeurs, assassiner La Fayette et Bailly.
Arrêté en décembre 1789, Favras est jugé par le Châtelet dans un climat d’extrême tension. La rumeur publique le condamne avant les juges : des feuilles, des caricatures, des chansons en font le symbole d’une contre-révolution prête à noyer la jeune liberté dans le sang. Le procès, très politique, repose sur des témoignages contradictoires et des pièces fragiles, mais l’opinion réclame une tête aristocratique pour montrer que la justice n’épargne plus les « grands ».
Condamné à mort, Favras est pendu – et non décapité – comme un simple criminel de droit commun, choix hautement symbolique pour un marquis. Sur l’échafaud, il proclame son innocence et resterait, selon la formule célèbre, « le seul à avoir été condamné avec plus de preuves d’innocence que de culpabilité ».
Cette exécution marque un tournant : elle signale à la noblesse que la Révolution peut frapper jusque dans ses rangs les mieux titrés, et à la rue parisienne qu’elle détient désormais un pouvoir redoutable sur le cours de la justice. Entre complot réel, panique politique et soif d’exemplarité, la mort de Favras inaugure la longue série des violences d’État qui accompagneront la crise révolutionnaire.