Point de départ du cortège funéraire d'Henri Barbusse

Porte de La Chapelle/Funérailles d'Henri Barbusse

Henri Barbusse, écrivain français. Dessin de Rijic.

Henri Barbusse est mort le 30 août 1935 à Moscou, d'une pneumonie, à soixante et un ans. Son corps est rapatrié en France; le 6 septembre, il est exposé au cimetière du Père-Lachaise, non loin du mur des Fédérés. Le lendemain, 7 septembre, son cercueil est chargé dans le corbillard des pauvres, comme il l'avait demandé, et le cortège prend son départ au rond-point de la Chapelle, porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement.

Il est entouré de cinq cents drapeaux rouges. Des délégations syndicales, des associations d'anciens combattants, des groupes d'immigrés espagnols et de réfugiés politiques, des écrivains, des artistes, des ouvriers de banlieue: Paris n'a pas vu une telle foule depuis les funérailles de Jaurès en 1914. Les estimations parlent de plusieurs centaines de milliers de personnes sur le parcours. Le cortège traverse la ville lentement, dans un silence que rompent parfois les premiers couplets de l'Internationale repris à mi-voix.

Henri Barbusse avait publié "Le Feu" en 1916, roman de tranchées qui lui valut le prix Goncourt et rendit la guerre irreprésentable pour ceux qui refusaient de la glorifier. Il avait fondé le mouvement Clarté, rapproché les intellectuels de gauche européens, adhéré au Parti communiste français en 1923. Son engagement l'avait conduit jusqu'à Moscou, et l'on peut dire que c'est Moscou qui l'avait tué: épuisé par les voyages et les conférences, il était venu assister à un congrès international et n'en était pas revenu.

André Malraux prend la parole au Père-Lachaise au nom de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires. Il dit l'écrivain, le combattant, le témoin. Il ne dit pas tout: la biographie de Staline que Barbusse avait publiée quelques semaines avant sa mort était une oeuvre de propagande, et l'homme qui avait rendu la guerre irreprésentable avait fini par célébrer un régime qui en préparait d'autres.

Cette contradiction n'efface pas "Le Feu". Elle dit seulement que l'histoire du siècle ne laissait pas beaucoup d'espace entre la capitulation et l'aveuglement. Les cinq cents drapeaux rouges de la porte de la Chapelle saluaient le premier livre; ils n'avaient pas lu le dernier.

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