Elle a diffusé clandestinement un manifeste de femmes socialistes contre la guerre ; on l'enferme dans la prison des prostituées, seul lieu où la République sait mettre les femmes qui dérangent.
Louise Saumoneau est couturière. Née en 1875 à Poitiers, fille d'un menuisier, elle est arrivée à Paris pour travailler et s'est engagée très jeune dans le socialisme et le féminisme ouvrier. Avec Élisabeth Renaud, elle a fondé en 1899 le Groupe féministe socialiste, qui refuse le féminisme bourgeois des salons et affirme que l'émancipation des femmes passe par celle de leur classe.
En août 1914, presque tout le socialisme français bascule dans l'union sacrée. La CGT, qui avait promis la grève générale contre la guerre, se rallie. La SFIO vote les crédits de guerre. Jaurès a été assassiné le 31 juillet. Une poignée de militants refuse. Louise Saumoneau est de ceux-là. Dès juillet 1914, elle fait imprimer et distribuer des brochures contre la guerre, adressées aux femmes au nom des femmes socialistes.
En mars 1915, elle se rend clandestinement à Berne, en Suisse, à la conférence internationale des femmes socialistes convoquée par Clara Zetkin. Elle y est la seule déléguée française. La conférence adopte un manifeste contre la guerre. Rentrée en France, elle le fait imprimer et le diffuse sous le manteau, malgré la censure et l'état de siège.
Le 2 octobre 1915, elle est arrêtée et inculpée d'outrage à l'armée. On l'incarcère à la prison Saint-Lazare, 107 rue du Faubourg Saint-Denis dans le 10e arrondissement. Saint-Lazare est l'établissement où la Troisième République enferme les prostituées et les femmes vénériennes soumises au fichage sanitaire de la police des mœurs. C'est un lieu de relégation morale autant que pénale. Y envoyer une militante socialiste est un message.
Elle y reste jusqu'au 20 novembre 1915 et obtient un non-lieu. Elle reprend immédiatement son activité, participe au Comité pour la reprise des relations internationales issu de Zimmerwald, dont elle sera secrétaire adjointe. Elle sera l'une des rares figures françaises de l'internationalisme féminin de la Grande Guerre. La prison Saint-Lazare a été démolie en 1935.