Au 107 du faubourg Saint-Denis, derrière une façade austère, se cache l'un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris. Tout commence au XIIe siècle : une léproserie, la Maladrerie Saint-Ladre, où Louis VII le Jeune s'arrête en 1147 pour recevoir la bénédiction des malades avant de partir en croisade. L'endroit joue aussi un rôle protocolaire étrange — c'est ici que les corps constitués prêtaient serment de fidélité aux nouveaux rois avant leur inhumation à Saint-Denis.
En 1632, Vincent de Paul y installe sa congrégation de la Mission : les Lazaristes donnent leur nom au lieu. Mais la maison se double rapidement d'une fonction carcérale. On y enferme, par lettre de cachet, ceux qu'on veut humilier sans bruit : le jeune Henri de Saint-Simon en 1773, pour refus de communier ; Beaumarchais en 1785, quelques jours seulement, mais la rumeur court qu'il y a été fouetté — une vengeance personnelle de Louis XVI pour Le Mariage de Figaro. En 1788, c'est Sylvain Maréchal qui y passe pour avoir publié son Almanach des Honnêtes Gens.
La Révolution fracasse les portes en juillet 1789 : le peuple, convaincu qu'on y cache du blé en pleine disette, pille la maison et repart avec de quoi remplir 52 voitures de grain. Rebaptisée simplement Lazare, la prison retrouve vite son usage : André Chénier y attend la guillotine pendant la Terreur, et le marquis de Sade en sort libre en 1794. Pendant la Semaine sanglante de 1871, des fédérés tiennent une barricade devant ses murs ; refusant de se rendre, dix-sept d'entre eux sont fusillés contre le mur même de la prison. Reconvertie en maison de détention pour femmes puis en infirmerie pour prostituées, Saint-Lazare accueille encore en 1915 la militante pacifiste Louise Saumoneau, et en 1917 la célèbre Mata Hari, arrêtée pour espionnage.
Noms successifs du lieu
- 1147 Maladrerie Saint-Ladre : léproserie visitée par Louis VII avant la croisade
- 1632 Maison Saint-Lazare : siège de la congrégation de la Mission (Lazaristes)
- XVIIe — XVIIIe siècle Prison Saint-Lazare : lieu de détention par lettre de cachet, doublant la maison religieuse
- 1789 — 1794 « Lazare » : prison révolutionnaire, pillée en juillet 1789, lieu de détention sous la Terreur
- 1794 — 1932 Prison pour femmes et infirmerie spéciale pour prostituées
- Après 1932 Site démoli ou reconverti ; le nom subsiste dans la mémoire du quartier
Événements à cette adresse
17 événements · 1147 — 1917Aujourd'hui
La prison de Saint-Lazare a été démolie au cours du XXe siècle. À son emplacement, dans le quartier animé du faubourg Saint-Denis, subsiste le souvenir de ce lieu tentaculaire à travers quelques traces architecturales et la toponymie locale. Rien n'indique formellement le site aux passants d'aujourd'hui.