Le Louvre, la nuit du 23 août : Catherine de Médicis décide le massacre de la Saint-Barthélemy

Palais du Louvre/Massacre de la St Barthélemy

Portrait de Catherine de Médicis (1519-1589), reine de France.

Musée Carnavalet.

Il n'y a pas eu de folie dans la nuit du 23 août : il y a eu une décision politique, prise à tête reposée, par des gens sensés qui ont choisi le meurtre de masse.

L'attentat du 22 août a échoué. Coligny est blessé mais vivant. À la cour, l'atmosphère est électrique : les chefs huguenots réclament justice au roi Charles IX, qui promet de leur en rendre. La ville bruisse de rumeurs. Certains grands protestants — Téligny, le comte de La Rochefoucauld — dorment au Louvre même, hôtes du roi, persuadés d'être en sécurité.

Dans les appartements de Catherine de Médicis, la reine mère convoque les siens dans la nuit du 23 août. La réunion qui se tient là, dont on ne connaîtra jamais exactement les mots mais dont les actes seront l'histoire, rassemble Albert de Gondi, René de Birague, Louis de Gonzague et quelques autres membres du Conseil privé. On discute. On calcule. Le bilan est simple : l'attentat raté a ouvert une crise que rien ne peut résoudre à mi-chemin. Si les protestants exigent la tête de Guise — et ils l'exigent —, c'est la guerre civile. Si le roi cède aux Guise, c'est aussi la guerre civile. Il n'y a pas de solution modérée.

Catherine obtient du roi Charles IX une décision qu'il regrettera toute sa vie. On tuera. Non pas seulement les chefs du parti protestant, mais tous les huguenots présents à Paris. On utilisera les ligues catholiques déjà organisées dans les quartiers, on sonnera le tocsin à Saint-Germain-l'Auxerrois comme signal convenu, on donnera les armes aux bourgeois catholiques. Le roi, selon les témoignages, pleure en signant. Mais il signe.

Simultanément, à l'Hôtel de Guise — aujourd'hui Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois —, Henri de Guise, vingt-deux ans, rassemble ses hommes. La famille Guise, qui réclame depuis neuf ans la mort de Coligny en vengeance de l'assassinat du père, est prête. Entre la froide décision politique de Catherine et la vengeance dynastique des Guise, deux mobiles distincts mèneront la même main.

Bibliographie