Saccage de l'American Express par des militants de la Gauche Prolétarienne à l'occasion d'une visite du président Nixon

Bureaux de l'American Express

Article du Monde du 1 mars 1969

Le jour de la visite de Richard Nixon à Paris, au tournant des années 1970, la rue Scribe ne ressemble plus au tranquille couloir bourgeois qui longe l’Opéra. Au numéro 11, les bureaux d’American Express, symbole très visible de la présence économique américaine, sont pris pour cible par des militants d’extrême gauche, notamment proches de la Gauche prolétarienne. La colère vise autant la guerre du Vietnam que le rôle des grandes firmes dans la mondialisation capitaliste.

Un commando pénètre dans les locaux ou attaque les vitrines : glaces brisées, matériel dégradé, tracts et slogans dénonçant l’« impérialisme yankee » ou la « banque des riches touristes » se répandent dans le hall. L’action est pensée comme un « coup » : frapper une enseigne mondiale, en plein centre de Paris, le jour où le président des États‑Unis foule le sol français, pour montrer qu’il existe une opposition radicale, au‑delà des manifestations encadrées. Les dégâts sont surtout matériels, mais le geste vise le symbole : à travers American Express, c’est l’alliance entre pouvoir politique américain et grands intérêts financiers qui est visée.

Pour les militants maoïstes, ce type d’opération relève de la « propagande par le fait » : un petit groupe, beaucoup de bruit, et un message simple – la guerre au Vietnam et l’emprise des multinationales ne passeront pas sans résistance. Pour les autorités, au contraire, il s’agit d’un épisode de dérive violente justifiant surveillances, poursuites et discours sur le « terrorisme ». La façade du 11 rue Scribe, un temps bardée de planches, garde ainsi la trace fugace d’un moment où, à deux pas de l’Opéra, la contestation de l’ordre mondial s’est attaquée aux vitrines d’un des emblèmes les plus visibles de l’Amérique en voyage.