Le 19 mars 1871, Le Figaro paie au comptant des mois de campagne contre le Paris insurgé. Quotidien depuis novembre 1866, installé au 3 rue Rossini, le journal d’Hippolyte de Villemessant est alors l’un des porte‑voix les plus sûrs de la bourgeoisie versaillaise. Depuis la chute de l’Empire, ses colonnes dénoncent les clubs, les gardes nationaux « rouges » et les projets d’une République sociale, présentés comme une menace pour l’ordre et la propriété.
Lorsque l’insurrection éclate le 18 mars, la ligne se durcit encore. Dans ses éditoriaux, le journal appelle Adolphe Thiers à « purger Paris », à profiter de l’occasion pour en finir avec la « vermine démocratique et sociale ». Le peuple en armes est décrit comme une masse dangereuse ; les gardes nationaux fédérés sont assimilés à des « bandits » prêts au pillage et à l’incendie.
Le 19 mars, une colonne de gardes nationaux se présente rue Rossini pour faire exécuter la décision du nouveau pouvoir parisien : les journaux les plus ouvertement hostiles à la Commune doivent cesser de paraître. Villemessant racontera plus tard l’épisode en des termes féroces, parlant de « cent cinquante à deux cents bandits, coiffés de képis sans numéro », « gentlemen à moitié ivres » qui envahissent les locaux, remplissent la cour et la rue, et « regrettent de ne trouver aucun rédacteur » à portée de main. Le Figaro est saisi, ses bureaux mis sous scellés : il devient le premier grand quotidien supprimé par la Commune.
La politique de la Commune en matière de presse n’est pourtant pas une fermeture générale. Pendant plusieurs semaines, la plupart des journaux continuent de paraître ; ce n’est qu’à partir d’avril que les titres clairement hostiles ou appelant à la chute de la Commune sont interdits par arrêtés successifs. Dans cette logique, Le Figaro, déjà solidement ancré dans le camp conservateur‑monarchiste, ne pouvait qu’apparaître comme un adversaire déclaré. Il reprendra sa parution une fois la Commune écrasée, du côté des vainqueurs.