Une scènes de Les enfants du Paradis
Le tournage des Enfants du paradis est une épopée à lui seul. Commencé en août 1943 aux studios de la Victorine à Nice, il se poursuit à Paris dans les studios Francoeur et au théâtre Déjazet. Le passage par la rue Francoeur n'est pas prévu : il est imposé par les circonstances. Le tournage est arrêté à cause du débarquement allié en Sicile, le producteur Paulvé est interdit d'exercer par les Allemands à cause d'un lointain ancêtre juif, le décor du boulevard du Temple est gravement endommagé par une tempête. Pathé reprend le financement.
Le 15 mars 1944, les caméras tournent à nouveau rue Francoeur. Dans les couloirs du studio, on croise Jean-Paul Sartre — engagé par un tout nouveau « département des scénarios » que Pathé vient de créer pour fournir à l'écran des œuvres originales. Carné et Prévert, eux, s'emploient à achever leur fresque dans un Paris sous Occupation, entre alertes aériennes et coupures d'électricité. Parmi leurs collaborateurs, le décorateur Trauner et le compositeur Kosma travaillent dans la clandestinité, leurs noms dissimulés au générique.
Carné et Prévert avaient caché une partie des bobines aux forces d'occupation, espérant que Paris serait libéré quand le film serait prêt. C'est exactement ce qui se passe : le film sort le 9 mars 1945 au Palais de Chaillot, dans l'euphorie de la Libération. Garance, Baptiste, Lemaître et Lacenaire, nés dans les studios niçois et achevés rue Francoeur sous les bombes, deviennent aussitôt des personnages immortels.