Claire Démar, la plus radicale des saint-simoniennes, se donne la mort

Demeure de Claire Démar

Ma loi d'avenir, Claire Démar.

Elle venait d'achever "Ma loi d'avenir", qui réclamait l'abolition du mariage et de la paternité. Elle le laissa sur la table, adressa une lettre à Charles Lambert, et mourut avec Perret Desessarts.

Le saint-simonisme des années 1830 avait une aile féministe : des femmes qui ne se contentaient pas de réclamer l'égalité civile ou le droit au travail, mais posaient des questions que la bourgeoisie ne voulait pas entendre. Claire Démar était la plus radicale de toutes.

Elle avait fréquenté les républicains, puis rejoint les cercles saint-simoniens. Son premier texte, "Appel d'une femme au peuple sur l'affranchissement de la femme", dénonçait le mariage comme une prostitution légalisée. Son manuscrit "Ma loi d'avenir", achevé au début de l'été 1833, allait plus loin : abolition de la famille bourgeoise, fin de la "loi du sang" (la paternité comme fondement de l'héritage), éducation des enfants confiée à une "mère sociale" commune. L'amour libre n'y était pas une revendication morale mais la conséquence logique d'un programme politique.

Le 5 août 1833, au 9 rue de la Folie Méricourt dans le 11e arrondissement, Claire Démar se donna la mort avec Perret Desessarts, un jeune saint-simonien. Elle laissait son manuscrit, une lettre d'adieu à Charles Lambert, et rien d'autre.

Suzanne Voilquin, figure centrale du saint-simonisme féminin, publia "Ma loi d'avenir" à titre posthume. Le texte était trop radical même pour les milieux saint-simoniens : Barthélémy-Prosper Enfantin, le "Père" du mouvement, prônait la publicité des mœurs ; Démar, elle, défendait la vie privée contre son emprise.

Ce que Démar avait écrit en 1833 — la famille comme institution de domination, la maternité comme destin imposé, le mariage comme contrat inégal — Marx et Engels l'aborderaient dans le Manifeste de 1848 sous l'angle de la propriété et de la reproduction sociale. Claire Démar l'avait dit quinze ans plus tôt, rue de la Folie Méricourt, et en était morte.


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