Fils non reconnu d'Alexandre Dumas, il fit la Commune à vingt ans, purgea sept ans de bagne en Nouvelle-Calédonie, et revint défendre dans la presse ceux que la bourgeoisie voulait écraser.
Henry Bauër est né en 1851 de la liaison d'Alexandre Dumas père avec Anna Bauër, femme d'un agent commercial autrichien installé à Paris. Il ne portera jamais le nom de son père, qui ne le reconnaîtra pas, mais qui le fera élever et lui laissera sa carrure et son tempérament.
Il a vingt ans en 1871. Il combat pour la Commune, officier des troupes fédérées pendant la Semaine sanglante. Arrêté, il est condamné à sept ans de déportation. Il embarque le 1er mai 1872 avec trois cents communards pour la Nouvelle-Calédonie. La traversée dure cinq mois, en partie dans les cages de la cale disciplinaire. Il est interné dans la presqu'île Ducos, où le bagne accueille les déportés politiques. Louise Michel est déportée sur la même île, dans un autre camp.
Amnistié, il rentre en France en 1880 et devient journaliste. Il est critique dramatique et littéraire à L'Écho de Paris. Sa position est claire et constante : défendre les modernes contre l'académisme, les opprimés contre l'ordre établi. Il soutient le naturalisme quand il est unanimement méprisé, il défend Zola contre les campagnes de la presse bien-pensante, il impose Ibsen et le théâtre nordique en France.
L'affaire Dreyfus le trouve immédiatement du bon côté. Il est l'un des tout premiers dreyfusards de la presse parisienne, à un moment où cela coûte cher. Son journal l'écarte pour cette raison. Il perd sa tribune et une partie de ses revenus.
Il meurt le 21 octobre 1915 à la maison de santé Velpeau, 7 rue de la Chaise dans le 7e arrondissement. Il est enterré au cimetière de Charonne, dans le 20e arrondissement.
Son fils, Gérard Bauër, sera chroniqueur au Figaro et académicien Goncourt. Trois générations séparent le romancier des Trois Mousquetaires du chroniqueur mondain, avec au milieu un bagnard de la Commune.