Un militant blessé par la police en 1971, et quelques semaines plus tard un policier désarmé dans un couloir de métro : les groupes de l'après-68 tiennent des comptes.
L'automne 1971 est l'un des moments les plus tendus de l'après-Mai 68. Les groupes maoïstes et de l'ultra-gauche sont dissous ou surveillés ; les militants pratiquent l'action directe ; les affrontements avec la police sont fréquents et parfois armés. Le pouvoir gaulliste de Georges Pompidou traite ces groupes comme des organisations subversives ; les militants traitent la police comme une force d'occupation de classe.
Christian Riss, militant, est blessé par un coup de feu tiré par un policier. L'affaire, comme beaucoup à cette période, ne donne lieu à aucune poursuite contre le tireur. Pour les groupes de l'ultra-gauche, cette impunité est une confirmation : la justice bourgeoise ne sanctionne pas ses propres forces.
Le 29 septembre 1971, un commando de la Milice Ouvrière Multinationale (MOM) intervient à la station de métro Ledru-Rollin, avenue Ledru-Rollin dans le 12e arrondissement. Ils braquent un policier en service et lui dérobent son arme de service. L'action est présentée par ses auteurs comme une représaille pour le coup de feu qui a blessé Christian Riss.
La logique de ces actions est symbolique autant que matérielle. Désarmer un policier, c'est affirmer que le monopole de la violence légitime n'est pas acquis, que l'État peut être atteint, que ses agents sont vulnérables. C'est aussi, pratiquement, se procurer des armes.
La Milice Ouvrière Multinationale reste une formation peu documentée de la nébuleuse de l'ultra-gauche parisienne des années 1970, dont le nom même indique l'orientation : "multinationale" signale une composition incluant des travailleurs immigrés, dans un contexte où le mouvement révolutionnaire découvre alors que la classe ouvrière française est en grande partie composée de travailleurs venus du Maghreb, du Portugal, d'Espagne, d'Afrique subsaharienne. Cette conscience-là, dans les années 1970, est neuve. Elle aboutira aux luttes des foyers Sonacotra et aux grèves des OS immigrés de l'automobile.