Le 2 avril 1913, le Théâtre des Champs-Élysées ouvre ses portes au 15 avenue Montaigne. Le bâtiment est immédiatement conspué. Les critiques parisiens n'en veulent pas — cette façade en béton armé, ces lignes dépouillées, ces bas-reliefs d'Antoine Bourdelle qui remplacent l'ornement baroque habituel, tout cela choque un milieu habitué au faste de l'Opéra Garnier.
Auguste Perret, qui en est l'architecte principal après avoir repris le projet de Henry Van de Velde, utilise pour la première fois le béton armé apparent dans un édifice de prestige parisien. Ce n'est plus un matériau caché, dissimulé sous du plâtre ou de la pierre — c'est la structure elle-même qui devient la façade. Le scandale est double : architectural et social.
Le vrai scandale arrive six semaines plus tard. Le 29 mai 1913, le Théâtre des Champs-Élysées accueille la création du Sacre du Printemps de Stravinsky, chorégraphié par Nijinsky pour les Ballets russes de Diaghilev. Dès les premières mesures, le public siffle, crie, s'invective. On se bat dans les rangées. La police intervient. Le lendemain, toute la presse en parle. Ce bâtiment décrié venait d'abriter l'une des soirées les plus célèbres de l'histoire musicale du XXe siècle.
La salle existe toujours avenue Montaigne, classée monument historique depuis 1957. Ce que Paris avait rejeté en 1913 est devenu l'un de ses joyaux architecturaux.