Statue d'Etienne Marcel devant l'hôtel de ville.
La rue des Anglais, dans le 5e arrondissement, porte le nom des mercenaires qui y cantonnaient — et qui n'y furent plus les bienvenus à partir du 21 juillet 1358.
Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris depuis 1354, menait depuis deux ans l'une des grandes rébellions bourgeoises du Moyen Âge. Appuyé sur les États généraux et sur les corporations, il avait tenu tête au dauphin Charles pendant que le roi Jean II était prisonnier des Anglais depuis la défaite de Poitiers. Mais en cherchant des alliés contre le pouvoir royal, Marcel avait pris un risque fatal : ouvrir les portes de Paris aux mercenaires de Charles le Mauvais, roi de Navarre, dont beaucoup venaient d'outre-Manche. Des soldats étrangers campaient dans les rues.
Le 21 juillet 1358, dans le quartier de la rive gauche, une rixe éclata entre des Parisiens et ces soldats de passage. Elle dégénéra en émeutes. Plusieurs mercenaires furent massacrés. La population — qui avait longtemps soutenu Marcel contre le dauphin — commençait à se retourner contre lui. L'alliance avec l'étranger avait tout renversé.
Marcel fut assassiné dix jours plus tard, dans la nuit du 31 juillet 1358, près de la porte Saint-Antoine, par un groupe de Parisiens conduits par Jean Maillart. Le dauphin Charles entra dans Paris.
La IIIe République fit d'Étienne Marcel un héros de la liberté communale : une statue de Louis-Joseph Daumas fut inaugurée devant l'Hôtel de Ville en 1882. La rue des Anglais, elle, garde le souvenir ambigu de ceux qui contribuèrent à le perdre.