Au 1–3 rue de Sully, dans le grand corps de bâtiment de l'ancien Arsenal royal, se loge l'une des bibliothèques les plus romanesques de Paris. Dès 1798, sous le Directoire, l'abbé Grégoire — prêtre révolutionnaire, abolitionniste, homme à tout faire de la République — en prend la direction comme bibliothécaire, donnant le ton d'un lieu qui ne sera jamais tout à fait neutre.
Mais c'est en 1824 que la Bibliothèque de l'Arsenal entre dans la légende littéraire. Charles Nodier, nommé conservateur, transforme son appartement de fonction en salon permanent. Le dimanche soir, on s'y presse : Victor Hugo, Lamartine, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Alexandre Dumas — toute la génération romantique naissante — se retrouvent autour de ce conteur fantasque qui les électrise. Le lieu est si central dans la bataille des idées nouvelles qu'on le surnomme la « Boutique du romantisme ». Sainte-Beuve, Gérard de Nerval, Louise Colet, Félix Arvers, Anaïs Ségalas, Eugène Devéria — peintre qui crayonne les portraits de ces jeunes furieux — complètent la troupe du Cénacle.
En 1830, au plus fort de la révolution de Juillet, un incendie menace l'édifice. Un certain Feugère sauve les collections in extremis, sous les yeux de Nodier. Soixante-dix ans plus tard, c'est José-Maria de Heredia qui tient salon ici, réunissant cette fois les Parnassiens — Henri de Régnier, Maurice Barrès, Pierre Louÿs — dans la continuité d'une tradition d'hospitalité littéraire absolument unique.
- 1798 L'abbé Grégoire bibliothécaire de l'Arsenal : premier usage républicain de la bibliothèque
- 1824 Charles Nodier conservateur : la bibliothèque devient foyer du romantisme, surnommée « Boutique du romantisme »
- 1830 Sauvée de l'incendie lors des journées de juillet par Feugère
- 1901 José-Maria de Heredia directeur : salon des Parnassiens
- Aujourd'hui Bibliothèque de l'Arsenal, département de la Bibliothèque nationale de France
La Bibliothèque de l'Arsenal est aujourd'hui un département de la Bibliothèque nationale de France, spécialisé dans les arts du spectacle et riche de fonds précieux (manuscrits, estampes, fonds Bastille). Elle reste accessible aux chercheurs rue de Sully, dans ses salles de lecture au décor préservé du XVIIIe siècle.