Au 1 de ce qui s'appelait encore rue Napoléon — avant que la paix de 1814 n'efface le nom de l'Empereur — se dressait le couvent des Capucines, fondé au XVIIe siècle à deux pas de la place Vendôme. Un vaste ensemble religieux qui, sous la Révolution, va changer de peau plusieurs fois en quelques années.
Dès 1790, les capucines chassées, les murs du couvent abritent l'Hôtel des Monnaies révolutionnaire : c'est ici que l'on imprime les assignats, cette monnaie-papier dont l'inflation galopante va ruiner des milliers de familles. L'église, elle, devient le siège de la Section de la Place Vendôme, rebaptisée Section des Piques — l'une des 48 sections de Paris. Ironie de l'histoire : c'est la section même de Maximilien Robespierre, dont il est l'enfant du quartier, mais qui refuse de bouger le 9 thermidor et lui manifeste une franche hostilité. Parmi les figures qui y siègent : Maurice Duplay, le menuisier chez qui loge Robespierre, et l'avocat René-François Dumas. Le sulfureux marquis de Sade, lui, y fait une entrée remarquée : secrétaire puis président de la Section entre 1792 et 1793, il incarne à lui seul les paradoxes de la Révolution.
La crypte, quant à elle, connaît une destinée plus spectaculaire encore. En 1799, le physicien Étienne-Gaspard Robert, dit Robertson, y installe ses séances de fantasmagorie : projetant des fantômes tremblants à la lanterne magique dans l'obscurité des voûtes, il préfigure — dans ce sous-sol hanté — ce qui deviendra le cinéma. Puis, en 1862, Paul Durand-Ruel y transfère sa galerie et révèle au public Corot, Courbet, Théodore Rousseau et les peintres de Barbizon.
Noms successifs du lieu
- XVIIe siècle Couvent et église des religieuses Capucines
- 1790 Hôtel des Monnaies révolutionnaire — impression des assignats
- 1790 — 1795 Siège de la Section de la Place Vendôme, puis des Piques
- 1799 Salle de spectacle : fantasmagories de Robertson dans la crypte
- 1862 Galerie de peinture Paul Durand-Ruel
- Après 1862 Site disparu — intégré à la rue de la Paix modernisée (percement haussmannien)
Toponymie — rue de la Paix
Événements à cette adresse
5 événements · 1790 — 1862Aujourd'hui
Le couvent a disparu, absorbé par les grands travaux du XIXe siècle. Le 1 rue de la Paix appartient aujourd'hui au cœur du quartier de la haute joaillerie parisienne — à deux pas de la place Vendôme et de ses vitrines scintillantes. Rien ne signale au passant que des fantômes de Robertson hantèrent jadis ces sous-sols.