Le marquis de Sade, citoyen révolutionnaire de la place Vendôme

Église des Capucines/Section de la place Vendôme/Section des Piques

 1 rue de la Paix - 2e arr. (début de la rue de la Paix)

Portrait de Donatien Alphonse François de Sade par Charles Amédée Philippe van Loo. Ce dessin date de 1760, alors que Sade avait près de 20 ans. Il s'agit du seul portrait authentique connu du marquis.

L'auteur de Justine rédigeait des pétitions pour sa section révolutionnaire dans le même immeuble où habitait Robespierre.

À partir du 5 septembre 1792, le citoyen Sade, homme de lettres, est secrétaire de la Section des Piques, anciennement section de la place Vendôme, dont elle vient de changer le nom en hommage à l'arme des sans-culottes. C'est l'une des sections révolutionnaires de Paris qui compte parmi ses membres le citoyen Robespierre. Sade sera élu président de la section en juillet 1793.

Le Marquis de Sade, né en 1740, avait passé une grande partie de sa vie en prison ou à l'asile : à Vincennes et à la Bastille, où il avait composé ses œuvres les plus scandaleuses, dont "Les 120 journées de Sodome", rédigées sur un rouleau de papier caché dans les murs de sa cellule. Libéré en 1789, peu avant la prise de la Bastille, il se retrouva dans une République naissante qui confondait liberté des mœurs et liberté politique, et il s'y engagea avec un zèle que ses biographes n'ont pas toujours su comment qualifier.

À la Section des Piques, Sade rédige des discours, des adresses, des pétitions. On connaît huit textes imprimés et un manuscrit de sa main. Le 15 novembre 1793, il est l'auteur d'une pétition anti-religieuse adressée aux représentants du peuple, demandant l'établissement d'un culte de la Raison en remplacement du "charlatanisme religieux" : le texte, conservé à Gallica, révèle un Sade parfaitement intégré au vocabulaire révolutionnaire de l'époque, plus proche des hébertistes que des robespiérristes sur la question de la religion.

Le paradoxe est vertigineux. L'homme dont les œuvres célébraient la violence, la domination et l'avilissement des corps se retrouve à rédiger des pétitions humanistes et à administrer les affaires d'une section populaire. Un paradoxe qui a sa logique : Sade avait haï la monarchie et l'Église autant que quiconque, et la Révolution lui offrait pour la première fois la possibilité d'exister comme citoyen ordinaire plutôt que comme prisonnier ou scandale de salon.

En décembre 1793, la Terreur le rattrape. Appelé à siéger dans un tribunal révolutionnaire, il refuse de signer des actes de condamnation. La chose lui sera reprochée : arrêté comme "modéré" par les robespiérristes, il est incarcéré et faillit périr sur l'échafaud. Il ne fut sauvé que par la chute de Robespierre au 9 thermidor. Il mourut en 1814 dans l'asile de Charenton, où il continuait à écrire des pièces de théâtre jouées par les pensionnaires de l'établissement.