Dressée au 101 de la rue Saint-Antoine, dans le cœur du Marais, Saint-Paul-Saint-Louis est l'une des plus belles façades baroques de Paris — et l'une des plus agitées par l'histoire. C'est la grande église de la maison professe des Jésuites, consacrée en 1641 sous Louis XIII, avec Louis XIV pour parrain et Richelieu pour grand ordonnateur. Pendant plus d'un siècle, elle abrite les cœurs embaumés des deux rois dans de splendides reliquaires de Sarrazin et Coustou. En 1762, les Jésuites sont chassés ; en 1793, quelqu'un achète les précieuses reliques royales pour en extraire de la « mummie », ce pigment brun prisé des peintres — elles seront finalement restituées à Louis XVIII.
La Révolution bouscule tout : la nef devient siège de la section de l'Arsenal, puis accueille le culte de la Raison. En septembre 1792, la sacristie sert de refuge aux rescapés des Massacres de Septembre, qui sortent acquittés de la prison de la Force toute proche. Une plaque commémore encore aujourd'hui ces « glorieuses victimes massacrées en haine de la foi ».
Le XIXe siècle lui rend une vie plus douce : Victor Hugo y marie sa fille Léopoldine en 1843, et offre à l'église deux bénitiers — les mêmes que Marius et Cosette empruntent dans Les Misérables. Mais en juin 1848, une barricade sanglante s'élève devant son portail ; le général Renaut y est mortellement touché. Sous la Commune de 1871, l'église redevient club révolutionnaire, avant d'abriter les obsèques du commandant Gilbert, tué au Moulin Saquet.
- 1641 Consécration sous le nom d'église Saint-Louis des Jésuites (maison professe)
- 1762 Expulsion des Jésuites ; l'église passe à la paroisse sous le nom Saint-Louis de la Couture
- 1790 — 1795 Siège de la Section de l'Arsenal ; rebaptisée « Louis la Couture » puis affectée au culte de la Raison
- XIXe siècle Réunion des deux paroisses Saint-Paul et Saint-Louis : naissance du nom Saint-Paul-Saint-Louis
- Aujourd'hui Église paroissiale Saint-Paul-Saint-Louis, toujours en activité
L'église Saint-Paul-Saint-Louis est toujours une paroisse catholique active, ouverte au public. On peut y admirer la façade baroque, les bénitiers offerts par Victor Hugo, et la plaque commémorant les victimes des Massacres de Septembre. Les reliquaires de Sarrazin et Coustou, longtemps conservés ici, ont été dispersés à la Révolution.