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Au 110 rue Amelot, dans le 11e arrondissement, s'élève l'une des plus belles salles de spectacle de Paris. Le terrain a une histoire plus ancienne : en 1737, c'est ici qu'existait un réservoir-chasse destiné au Grand Égout, ouvrage attribué à Jean Beausire. Il faut attendre 1852 pour que l'architecte Jacques Ignace Hittorff y érige le Cirque Napoléon, une rotonde polygonale au décor fastueux, l'un des rares édifices Second Empire encore debout en parfait état dans la capitale.

Sous le Second Empire, rebaptisé Cirque Impérial, il abrite à partir de 1861 les fameux Concerts populaires de musique classique lancés par Jules Étienne Pasdeloup, qui ouvrent Bach, Beethoven et Berlioz au grand public ouvrier. En 1870, au cœur du siège de Paris, Pasdeloup y organise un concert de bienfaisance pour financer l'achat d'un canon — baptisé « Beethoven » — offert à la défense nationale.

Durant la Commune de 1871, la salle devient un carrefour politique bouillonnant : on y élit le Comité central du 11e arrondissement de la Garde nationale, on y tient des meetings sous la présidence de Jean-Baptiste Millière, et Émile Eudes y regroupe ses hommes pour défendre le bâtiment. Les maçons et francs-maçons y fondent même une fédération combattante, lançant par ballon des proclamations à leurs frères de province. Les 2 000 boulangers qui s'y rassemblent pour célébrer l'interdiction du travail de nuit résument à eux seuls l'atmosphère de ces semaines fiévreuses.

Noms successifs du lieu

  • 1737 Réservoir-chasse du Grand Égout
  • 1852 Cirque Napoléon (construction par Hittorff)
  • 1861 — 1870 Cirque Impérial (sous le Second Empire)
  • 1870 — 1871 Cirque National puis Cirque d'Hiver (noms usités pendant la guerre et la Commune)
  • Fin XIXe siècle — aujourd'hui Cirque d'Hiver (nom définitif, depuis 1870 environ)

Toponymie — rue Amelot

rue Amelot
Amelot était, en 1777, ministre et secrétaire d'Etat au département de Paris.
Anciens noms : chemin de la Contrescarpe
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Événements à cette adresse

15 événements · 1737 — 1953
Cirque d'Hiver
Sept jours après que la police française eut tiré sur un défilé du 14 juillet et tué sept personnes, plusieurs milliers de manifestants se retrouvaient au Cirque d'Hiver. Le 14 juillet 1953, une grande manifestation…

Sept jours après que la police française eut tiré sur un défilé du 14 juillet et tué sept personnes, plusieurs milliers de manifestants se retrouvaient au Cirque d'Hiver.

Le 14 juillet 1953, une grande manifestation parcourait Paris : à l'appel de la CGT, du PCF et du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), des militants français et algériens défilaient ensemble pour commémorer la Bastille et réclamer les libertés coloniales. Près de la Nation, la police chargea le cortège et ouvrit le feu. Sept personnes furent tuées : Tahar Madjène, Amar Tadjadit, Abdallah Bacha, Larbi Daoui, Abdelkader Dranis et Mohamed Illoul — six militants algériens du MTLD — et Maurice Lurot, métallurgiste et syndicaliste CGT, ouvrier français.

Le 21 juillet 1953, au Cirque d'Hiver, 110 rue Amelot dans le 11e arrondissement, plusieurs milliers de personnes se réunirent pour protester. La presse de gauche relaya. L'enquête judiciaire n'aboutit à rien.

Ces sept noms n'entrèrent dans aucun manuel scolaire. Le massacre du 14 juillet 1953 fut absorbé par les années suivantes : l'insurrection algérienne de novembre 1954, la guerre, la répression croissante. Huit ans plus tard, le 17 octobre 1961, la police de Maurice Papon noyait des dizaines d'Algériens dans la Seine.

Le Cirque d'Hiver, lui, fait des spectacles.

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110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque National — Cirque d'Hiver
Manifestation de satisfaction de 2 000 ouvriers boulangers, suite à l'interdiction du travail de nuit par la Commune
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110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque National — Cirque d'Hiver
Maçons et francs-maçons créent une fédération et vont former un bataillon de combat pour la défense de la Commune. Ils lancent par deux ballons un message à leurs frères de province
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110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque d'Hiver — Fédération des Gardes nationales de la Seine
Assemblée générale du Comité central provisoire de la Garde nationale, concurrent du Comité des Vingt arrondissements. Il rassemble des délégués du 59ème régiment et des 57ème, 88ème, 96ème, 193ème et 253èmes bataillons…

Assemblée générale du Comité central provisoire de la Garde nationale, concurrent du Comité des Vingt arrondissements. Il rassemble des délégués du 59ème régiment et des 57ème, 88ème, 96ème, 193ème et 253èmes bataillons.

Le 6 février 1871, en pleine tourmente de l’après-guerre franco-prussienne et alors que Paris est encore sous le choc du siège et de l’armistice, une assemblée générale du Comité central provisoire de la Garde nationale se tient au Cirque d’Hiver, rue Amelot. Cette réunion illustre la profonde recomposition politique et militaire à l’œuvre dans la capitale, quelques semaines avant l’insurrection du 18 mars et la proclamation de la Commune.

Le Comité central provisoire se pose alors en concurrent direct du Comité des Vingt arrondissements, structure plus modérée qui cherche à encadrer politiquement la Garde nationale. À l’inverse, le Comité central incarne une dynamique plus radicale, fondée sur l’élection des officiers, l’autonomie des bataillons et une méfiance croissante envers le gouvernement issu de l’Assemblée nationale de Bordeaux, dominée par les conservateurs et les monarchistes.

L’assemblée réunit des délégués du 59ᵉ régiment, ainsi que des 57ᵉ, 88ᵉ, 96ᵉ, 193ᵉ et 253ᵉ bataillons, témoignant de l’ancrage populaire et territorial de la Garde nationale dans les quartiers de l’Est parisien, notamment à Folie-Méricourt, haut lieu du républicanisme social. Ces bataillons, composés en grande partie d’ouvriers et d’artisans, revendiquent le droit de défendre Paris, mais aussi de peser sur son avenir politique.

Cette assemblée marque une étape décisive : la Garde nationale cesse d’être seulement une force armée citoyenne pour devenir un acteur politique collectif, organisé, conscient de sa légitimité et prêt à s’opposer frontalement au pouvoir central. Rue Amelot, au Cirque d’Hiver, se dessinent déjà les lignes de fracture qui mèneront, un mois plus tard, à la Commune de Paris.

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Personnage(s) : Courty
110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque d'Hiver — Concerts Pasdeloup
Pasdeloup organise un concert pour acheter un canon qu'on baptisera "Beethoven"
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Personnage(s) : Jules Étienne Pasdeloup
110 rue Amelot — 11e arr.
110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque Impérial — Cirque d'Hiver — Concerts Pasdeloup
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110 rue Amelot — 11e arr.
Cirque Napoléon — Cirque National — Cirque d'Hiver
Construction du cirque Napoléon, qui deviendra la salle des Concerts Pasdeloup
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Personnage(s) : Jacques Ignace Hittorff
110 rue Amelot — 11e arr.
Réservoir-chasse du Grand Égout
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Jean Beausire
110 rue Amelot — 11e arr.

Aujourd'hui

Le Cirque d'Hiver Bouglione — géré par la famille Bouglione depuis les années 1930 — fonctionne toujours au 110 rue Amelot. Sa rotonde à dix-neuf pans, classée monument historique, accueille chaque saison un cirque traditionnel ainsi que concerts et événements privés. L'intérieur, avec ses frises sculptées et ses loges dorées, est resté remarquablement intact.

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