111 rue Saint Honoré
Toponymie — rue Saint-Honoré
Événements à cette adresse
5 événements · 1534 — 1776Première tentative manquée de prise du Louvre par les ligueurs de la Sainte Union.
Le 22 février 1587, au carrefour de la Croix du Trahoir, la tension religieuse et politique qui mine le royaume remonte d’un coup à la surface. La Ligue catholique, structurée autour de la Sainte Union, cherche à prendre la main sur Paris et à mettre la monarchie sous tutelle. L’objectif du jour est ambitieux : s’emparer du Louvre, résidence royale, par un coup de force parti du cœur marchand de la rive droite.
Le carrefour de la Croix du Trahoir, proche des Halles et de la rue Saint‑Honoré, est alors un nœud stratégique : lieu de passage, d’attroupements et de supplices. C’est là que les ligueurs, appuyés sur des réseaux de dévotion et de milice urbaine, tentent de rassembler hommes et armes avant de marcher sur le palais. Dans l’ombre, on trouve des figures comme Jean Bussy‑Leclerc, bourgeois devenu l’un des activistes les plus résolus de la Ligue, futur « grand pénitencier du Parlement » lorsqu’il tiendra la Bastille.
La tentative échoue toutefois : dispositif royal, hésitations, manque de coordination – le Louvre ne tombe pas ce jour‑là. Mais cet essai manqué joue le rôle de répétition générale. Il révèle la capacité des ligueurs à mobiliser une partie du peuple de Paris, à occuper l’espace public et à menacer directement le centre du pouvoir monarchique.
Moins d’un an plus tard, en mai 1588, la Journée des Barricades montrera que la leçon a été retenue : cette fois, la Ligue réussira à chasser Henri III de Paris. Le 22 février 1587 reste ainsi comme un premier signal d’alarme, où le carrefour de la Croix du Trahoir se transforme, l’espace de quelques heures, en rampe de lancement d’un projet de prise de la capitale au nom de la « vraie foi » catholique.
Des affiches contre la messe ont été placardées jusque sur la porte de la chambre du roi ; François Ier, humilié, ouvre la répression qui mènera aux guerres de Religion.
Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des affiches imprimées sont placardées dans Paris, à Orléans, à Blois, à Amboise, à Rouen. Elles s'intitulent "Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale." Rédigées par le pasteur Antoine Marcourt depuis Neuchâtel, elles dénoncent en termes violents la transsubstantiation, c'est-à-dire le cœur du culte catholique. Une affiche est retrouvée à Amboise, sur la porte de la chambre où dort François Ier.
Le roi était jusque-là plutôt tolérant. Humaniste, protecteur des lettres, il avait laissé circuler les idées réformées et protégé des évangéliques. L'affaire des Placards change tout. L'atteinte n'est plus doctrinale : elle est personnelle et politique. Un roi qui laisse afficher cela sur sa porte n'est plus maître chez lui.
La répression est immédiate et méthodique. Le Parlement de Paris ordonne des poursuites. Des dizaines d'arrestations ont lieu. Une grande procession expiatoire traverse Paris le 21 janvier 1535, avec le roi tête nue, un cierge à la main, suivie d'exécutions publiques.
Le 28 octobre 1534, trois luthériens sont exécutés au carrefour de la Croix-du-Trahoir, à l'angle de la rue Saint-Honoré et de la rue de l'Arbre-Sec, dans l'actuel 1er arrondissement. Ce carrefour est un lieu patibulaire ordinaire de Paris, doté d'un pilori et d'une fontaine.
Les exécutions se multiplient ensuite. On brûle sur la place Maubert, aux Halles, place de Grève. Les protestants français passeront des décennies dans la clandestinité avant que les guerres de Religion n'éclatent en 1562, et le massacre de la Saint-Barthélemy aura lieu trente-huit ans après ces trois bûchers.
L'affaire des Placards est le moment où la monarchie française choisit son camp confessionnel, avec des conséquences qui dureront jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685.