Planté au flanc de la place Royale — aujourd'hui place des Vosges —, ce couvent des Minimes est l'un des foyers intellectuels les plus actifs du Paris du XVIIe siècle. Son portail, sculpté par François Mansart, est alors considéré comme un chef-d'œuvre ; il sera détruit par la suite. Dans ses murs, entre 1619 et 1648, le père Marin Mersenne tient salon comme personne : René Descartes y séjourne à plusieurs reprises (en 1622 et en 1628), Blaise Pascal, Girard Desargues, Gassendi et Gilles de Roberval s'y retrouvent, formant l'une des premières académies informelles d'Europe. La bibliothèque du couvent réunit alors quelque 25 000 volumes. En 1623, les moines ferraillent aussi contre les plaisants de la « Confrérie des bouteilles », cercle libertin où roulent les noms de Théophile de Viau, Saint-Amant et Guez de Balzac.
La Révolution balaie la communauté religieuse et la chapelle devient siège successif de la Section de la Place Royale, des Fédérés puis de l'Indivisibilité (1790-1795). En 1791, la société fraternelle des Minimes y rédige une adresse menaçante à l'Assemblée, dans l'esprit de Danton. Le bâtiment se mue ensuite en institution scolaire — le jeune Louis-Auguste Blanqui y est pensionnaire en 1818, sous la houlette de son frère Adolphe — avant d'être reconverti en caserne de gendarmerie dès 1823. En 1871, Jean-Louis Pindy y installe deux bataillons de la Garde nationale pendant la Commune. Enfin, dans les heures les plus sombres, la caserne sert en 1941 de lieu de rassemblement pour quelque 5 000 juifs étrangers convoqués avant leur déportation — l'un des premiers actes de la rafle organisée à Paris.
- 1619 Couvent des Minimes de la Place Royale — centre de la vie intellectuelle et scientifique parisienne sous Mersenne
- 1790 — 1795 Chapelle du « ci-devant couvent des Minimes » — siège de sections révolutionnaires
- 1818 Institution Massin — établissement scolaire privé
- 1823 Caserne de gendarmerie des Minimes
- 1940 — 1941 Caserne des Minimes — lieu de résistance au STO puis point de rassemblement pour la déportation de juifs étrangers
Le site a été profondément remanié depuis le XIXe siècle. Le portail de Mansart a disparu et les bâtiments conventuels d'origine ne subsistent plus sous leur forme initiale. Le secteur, à deux pas de la place des Vosges, conserve l'empreinte du Paris classique, mais rien ne signale aujourd'hui la mémoire du grand salon de Mersenne ni celle du rassemblement de 1941.