Au 120 de la rue La Fayette, dans le 10e arrondissement, un immeuble ordinaire abrite l'un des lieux fondateurs de la gauche française. C'est ici que le Parti communiste français, né au congrès de Tours en décembre 1920, installe dès 1921 son premier siège parisien — et, sous le même toit, la Librairie de l'Humanité, point de ralliement des lecteurs militants où le jeune André Breton se fournit en littérature révolutionnaire.
L'adresse bourdonne d'activités : en 1923, la Fédération des Jeunesses communistes y publie La Caserne, pamphlet antimilitariste ; en 1925, le comité d'organisation du PCF y décide la création d'une librairie internationale destinée aux travailleurs étrangers, cellule-mère de ce qui deviendra la Main-d'œuvre étrangère (M.O.E.) puis la Main-d'œuvre immigrée (M.O.I.), dont le siège légal est enregistré ici en 1932 — désignation administrativement froide pour des camarades venus de toute l'Europe. En 1936, au temps du Front populaire, le bâtiment sert de bureau de recrutement pour les volontaires partant combattre en Espagne républicaine ; c'est aussi là que le Comité central approuve la ligne de Maurice Thorez et prononce l'exclusion de l'opposant André Ferrat.
En 1937, le PCF national quitte les lieux, cédant la place à la Fédération de la Seine. L'épilogue est dramatique : en août 1944, la librairie est occupée par les milices de Joseph Darnand ; sa reconquête par les FTP coûte la vie à huit combattants.
- fin XIXe siècle Un des sièges du journal anarchiste *Le Père Peinard*
- 1921 Librairie de l'Humanité et premier siège du Parti communiste français
- 1923 Siège du journal antimilitariste *La Caserne* (Fédération des Jeunesses communistes)
- 1932 Siège légal de la M.O.I. (Main-d'œuvre immigrée du PCF)
- 1937 Siège de la Fédération de Paris du PCF (la Seine), après le départ du PCF national
- 1944 Librairie occupée par les milices de Darnand, puis reconquise au prix de huit morts FTP
Le bâtiment du 120 rue La Fayette a perdu toute affectation politique depuis la Libération. L'immeuble, intégré au tissu haussmannien du 10e arrondissement, ne porte aucune plaque commémorant les huit combattants FTP tombés ici en août 1944. Rien dans la façade n'évoque aujourd'hui ce passé militant intense.