La rue La Fayette tient son nom de Marie Jean Paul Roche Yves Gilbert de Motier, marquis de La Fayette (1757-1834), général et homme politique qui combattit aux côtés des insurgés américains, fut le premier commandant général de la Garde nationale de Paris et resta jusqu'à sa mort un symbole des libertés publiques. Elle fut d'abord baptisée rue Charles X — hommage au monarque régnant —, avant que la révolution de Juillet ne rende ce patronyme indésirable. Rebaptisée rue La Fayette, elle s'allonge ensuite par étapes : une ordonnance de 1825 ouvre le premier tronçon entre les faubourgs Poissonnière et Saint-Martin ; des décrets de 1859 et 1862 prolongent le percement vers l'ouest et vers l'est, dans le grand mouvement haussmannien de restructuration des voies parisiennes. En 1849, la rue du Chemin de Pantin, qui assurait la continuité vers le canal, est officiellement réunie à l'ensemble, formant l'artère de près de trois kilomètres que l'on connaît aujourd'hui.
La rue traverse les journées révolutionnaires comme un fil rouge. En juin 1848, le n° 94 devient le théâtre de combats acharnés : trois barricades s'y dressent, et, signe du retournement politique de l'époque, les élèves de l'École polytechnique se rangent cette fois du côté de l'ordre contre les insurgés. En mai 1871, pendant la Semaine sanglante, la rue est un champ de bataille : barricade aux n° 1-2, résistance acharnée aux n° 47-52 où une poignée de Fédérés tient les Versaillais jusqu'à la nuit, et massacre aux n° 79-81 — soldats considérés comme déserteurs et combattants étrangers tombent sous les balles. C'est là aussi que le relieur militant Eugène Varlin, dénoncé par un ecclésiastique en civil, est arrêté vers quinze heures par le lieutenant Sicre avant d'être exécuté.
Au tournant du XX e siècle, la rue se couvre de deux élégantes bouches de métro signées Hector Guimard (n° 65 et 204), témoins de l'Art nouveau triomphant. Mais c'est le 120 rue La Fayette qui concentre le plus d'histoire politique : de 1921 à 1937, l'adresse abrite le siège du tout jeune Parti communiste français, sa librairie, son bureau de recrutement pour les Brigades internationales en Espagne (1936), et la section Main-d'œuvre immigrée. Pendant l'Occupation, le bâtiment est investi par les milices de Darnand ; en 1944, huit combattants FTP meurent en le reconquérant. Non loin, au n° 211, les premières feuilles du journal clandestin Libération sortent des presses de la CGT entre 1940 et 1942. André Breton, lui, préfère la brasserie de la Nouvelle France au n° 92, où il retrouve Nadja en 1926 — scène immortalisée dans le roman éponyme.