Au fond de la rue des Barres, dans l'ombre du chevet gothique qui donne son ancien nom à la voie, l'église Saint-Gervais-Saint-Protais est l'une des plus vieilles paroisses de Paris — son origine remonte au VIe siècle, même si l'édifice actuel est essentiellement gothique et Renaissance. La façade classique, ajoutée au XVIIe siècle, est la première du genre à Paris.
L'histoire y commence en violence : en 1528, des huguenots brisent une statue de la Vierge sur le parvis. L'affront est tel que François Ier vient en personne, en procession expiatoire, réparer l'offense. Pendant la Révolution, l'église devient le siège de la Section de la Maison Commune (puis de la Fidélité après Thermidor), et en 1795 un décret du 2 prairial an III la consacre solennellement Temple de la Jeunesse. En juin 1848, les insurgés ouvriers du faubourg Saint-Antoine et du 11e arrondissement en font leur quartier général, commandés par Théophile Guillard de Kersausie, pour lancer l'assaut contre l'Hôtel de Ville tout proche. Des barricades s'élèvent autour du chevet.
Le drame le plus meurtrier survient le 29 mars 1918, Vendredi saint : un obus de la Grosse Bertha allemande s'abat sur la voûte pendant l'office, faisant près de 200 victimes, dont 91 morts — surtout des femmes et des enfants venus prier. Le poète Saint-Pol Roux, présent ce jour-là, en réchappe miraculeusement.
- VIe siècle Paroisse Saint-Gervais, l'une des plus anciennes de Paris rive droite
- 1528 Lieu du sacrilège huguenot : bris de la statue de la Vierge, procession expiatoire de François Ier
- 1790 — 1795 Siège de la Section de la Maison Commune, puis Section de la Fidélité
- 21 mai 1795 (2 prairial an III) Temple de la Jeunesse, par décret du Directoire
- Juin 1848 Quartier général des insurgés ouvriers pour attaquer l'Hôtel de Ville
- Depuis la Restauration catholique (XIXe siècle) Église Saint-Gervais-Saint-Protais, paroisse active du 4e arrondissement
L'église Saint-Gervais-Saint-Protais est toujours en activité, animée notamment par la Communauté de Jérusalem qui y chante l'office depuis les années 1970. On peut admirer la nef gothique, la façade classique à trois ordres superposés, et les vitraux Renaissance. Une plaque rappelle le bombardement du 29 mars 1918. Le chevet médiéval, côté rue des Barres, reste l'un des plus beaux panoramas du Vieux Paris.