L'église de Saint-Gervais après la chute d'un obus allemand lancé par la Grosse Bertha, Agence Rol, Gallica
La chute d'un obus allemand de la "Grosse Bertha" fait 200 victimes, dont 91 morts, surtout des femmes et des enfants ; le poète Saint-Pol Roux en réchappe.
Le 29 mars 1918 est un Vendredi saint. À l'église Saint-Gervais-Saint-Protais, rue des Barres, l'office de l'après-midi bat son plein. Des centaines de fidèles sont rassemblés sous les voûtes gothiques — en majorité des femmes et des enfants, les hommes étant au front.
À 16h30, un obus de la Grosse Bertha frappe la clé de voûte de la nef. La pierre s'effondre sur l'assemblée. On dénombre 91 morts et plus de 200 blessés. C'est le bilan le plus lourd d'un seul obus dans tout le bombardement de Paris.
Six jours plus tôt, le 23 mars, les premiers obus avaient surpris la ville. Paris avait appris depuis à se méfier, à ne pas s'attarder dans les lieux publics, à guetter le son de la sirène. Mais on ne ferme pas une église le Vendredi saint.
Le poète symboliste Saint-Pol Roux se trouvait dans l'église ce jour-là. Il en réchappa. Dans ses carnets, il décrit la stupeur des survivants, la poussière blanche qui recouvre tout, les corps sous les pierres. Ce n'est pas la guerre telle qu'il l'avait imaginée — pas de tranchées, pas de champ de bataille. Un lieu de prière, un jour saint, un obus tiré depuis une forêt à 120 kilomètres.
L'église Saint-Gervais fut restaurée après la guerre. Une plaque commémorative rappelle le drame. La voûte reconstruite porte encore, si l'on sait regarder, les cicatrices du 29 mars 1918.