Au 14 de la rue Bonaparte, derrière une façade sobre qui donne sur le quartier Saint-Germain-des-Prés, se cache l'un des lieux les plus chargés de Paris. Tout commence en 1608 quand la reine Marguerite de Valois — la fameuse reine Margot — installe ici des moines Augustins réformés et leur fait construire une chapelle dotée du premier dôme jamais élevé à Paris. Elle les chasse cinq ans plus tard, mais la coupole, elle, demeure. Le couvent reste, son cloître devient cette belle cour du Mûrier que l'on peut encore parcourir.
La Révolution transforme tout. En 1792, l'archiviste et historien Alexandre Lenoir a l'idée géniale de transformer les bâtiments confisqués en refuge pour les sculptures et monuments arrachés aux églises et couvents saccagés partout en France. Le Musée des Monuments français est officiellement institué par la Convention en septembre 1794 : c'est le premier musée de sculpture médiévale au monde. Il fermera en 1816, sous la Restauration, et les architectes François Debret puis Félix Duban remodèleront les lieux pour en faire l'École des Beaux-Arts.
L'École devient alors un creuset artistique bouillonnant. Dans ses ateliers, le peintre Charles Gleyre — surnommé le « parnassien gris » — forme plus de cinq cents élèves, parmi lesquels Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille, futurs piliers de l'impressionnisme. Pendant la guerre de 1870, ses salles se muent en atelier de confection de vareuses et pantalons pour la Garde nationale. En 1871, lors de la Semaine sanglante, des Fédérés s'y retranchent ; non loin, un homme confondu avec le communard Édouard Vaillant est arrêté rue Bonaparte et fusillé avec dix-huit gardes nationaux. En 1897, les étudiants manifestent violemment contre l'arrêté qui ouvre les portes de l'École aux femmes.
- 1608 — 1617 Chapelle des Louanges et couvent des Petits Augustins, fondés par Marguerite de Valois
- 1617 — 1792 Couvent des Petits Augustins (Augustins réformés)
- 1794 — 1816 Musée des Monuments français, fondé par Alexandre Lenoir
- 1816 — XIXe siècle Chantier de transformation en École des Beaux-Arts (Debret puis Duban)
- XIXe siècle — aujourd'hui École nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA)
L'École nationale supérieure des Beaux-Arts occupe toujours le 14 rue Bonaparte. On peut y visiter la cour du Mûrier (ancien cloître augustin) et les galeries d'expositions temporaires ouvertes au public. Les façades assemblées par Duban, mêlant remplois antiques et Renaissance, font de l'ensemble un musée d'architecture à ciel ouvert.