15–17 rue de Richelieu
Toponymie — rue de Richelieu
Événements à cette adresse
1 événement · 1851Deux semaines plus tôt, Michel de Bourges assurait l’Assemblée qu’une « sentinelle invisible » veillait sur elle : le peuple. Le 3 décembre, il se cache rue de Richelieu.
Le 2 décembre 1851 au matin, Paris se réveille sous le coup d’État. Le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte a fait occuper le Palais-Bourbon et arrêter chez eux, à l’aube, les chefs de l’opposition. Environ trois cents députés se réunissent à la mairie de l’ancien Xe arrondissement pour voter la déchéance du président ; ils sont arrêtés à leur tour. Le vice-président de l’Assemblée, Jules Grévy, est lui aussi pris et conduit à la prison Mazas.
Chez lui, rue de Richelieu, la porte reste pourtant ouverte : c’est sa femme, Coralie, qui accueille les républicains traqués. L’immeuble a un avantage précieux, une seconde issue sur la rue Molière, par où l’on peut filer si la police se présente. Plusieurs députés s’y cachent, et l’appartement devient l’un des quartiers généraux clandestins de la résistance. Parmi ceux qui s’y retrouvent, Charles Beslay, qui le racontera dans ses souvenirs, et l’avocat Michel de Bourges, le député de la Montagne qui, le 17 novembre encore, jurait à ses collègues qu’ils n’avaient rien à craindre d’un coup d’État.
La sentinelle ne se montre guère. Un Comité de résistance, où siègent Victor Hugo, Victor Schœlcher ou Hippolyte Carnot, appelle le peuple aux armes contre un président qui « a violé la Constitution » et « s’est mis lui-même hors la loi ». Mais le 3 décembre, une vingtaine de représentants seulement se retrouvent sur les quelque soixante-dix barricades de Paris. Au faubourg Saint-Antoine, le député Alphonse Baudin est tué sur la sienne. Le soir, le général de Saint-Arnaud fait afficher que quiconque sera pris construisant ou défendant une barricade, ou les armes à la main, sera fusillé.
Le 4 décembre, trente mille soldats quadrillent le centre de Paris. Sur les boulevards Montmartre et Poissonnière, la troupe, énervée par les cris de « Vive la Constitution ! », ouvre le feu sans ordre sur la foule : entre une centaine et trois cents morts, dont des femmes et des enfants. Le soir même, la résistance parisienne est écrasée.
Grévy, vite relâché, retourne au barreau. Michel de Bourges, qui n’a pas été proscrit, se retire à Montpellier, où il meurt en 1853. Beslay sera, en 1871, le doyen d’âge de la Commune. Quant au maître de maison, il deviendra en 1879 le premier président de la République issu des rangs républicains, et quittera l’Élysée un 2 décembre, en 1887.