Au cœur du Marais, aux numéros 2–4 de la rue du Roi de Sicile, s'élève ce qui fut l'une des prisons les plus redoutées de Paris. L'hôtel de la Force, ancien hôtel particulier du duc de la Force, devient prison royale puis prison d'État sous la Révolution. Dès 1792, la République y entasse pêle-mêle droit commun, suspects politiques et aristocrates.
Septembre 1792 : la foule enfonce les portes. En quelques jours, 161 détenus sont massacrés dans les cours et les couloirs. Parmi les victimes et rescapées miraculeuses, Marie-Thérèse Louise de Savoie Carignan, princesse de Lamballe, dame de compagnie de la reine, est arrachée à sa cellule et tuée. Le président du tribunal improvisé, Nicolas Truchon, tente vainement de la sauver ; le maire Jérôme Pétion de Villeneuve, averti, n'intervient pas. L'année suivante, l'avocat polémiste Simon-Nicolas Henri Linguet y est enfermé pour accaparement — on lui reproche notamment d'avoir stocké des semences de pommes de terre.
Sous l'Empire, la Force devient le théâtre d'intrigues à haut risque. Le 25 mars 1811, le commissaire Jean Henry organise l'évasion d'Eugène-François Vidocq pour lui confier la création d'une brigade de repentis. En octobre 1812, le général Malet force les grilles pour libérer ses complices Guidal et La Horie : le coup d'État avorte, et tous trois sont fusillés. Plus tard, sous la Monarchie de Juillet, le républicain Louis-Auguste Blanqui y séjourne à deux reprises, en 1831 puis en 1836, fidèle à une longue carrière de prisonnier politique.
Noms successifs du lieu
- Avant 1792 Hôtel particulier de la famille de la Force, transformé en maison de détention royale
- 1792 Prison de la Force — lieu des massacres de Septembre
- 1792 — 1811 Prison révolutionnaire puis impériale ; héberge détenus politiques et droit commun
- 1811 — 1836 Prison de la Force sous l'Empire et la Monarchie de Juillet
- 1845 Fermeture et démolition de la prison
Toponymie — rue du Roi de Sicile
Événements à cette adresse
7 événements · 1792 — 1836Aujourd'hui
La prison a été démolie au milieu du XIXe siècle. À son emplacement, aux numéros 2–4 de la rue du Roi de Sicile, se trouvent aujourd'hui des immeubles d'habitation. Aucun vestige n'est visible, mais une plaque commémorative rappelle les massacres de Septembre 1792 et le souvenir de la princesse de Lamballe.