Vidocq, le roi des voleurs, le roi des policiers, Fayard 1892, A. Bonnard
Le commissaire Henry fait évader Vidocq de la Force pour lui confier la création d'une brigade de bagnards repentis, essentiellement destinée à briser les mouvements sociaux.
Le 25 mars 1811, Eugène-François Vidocq sort de la prison de la Force, rue du Roi de Sicile. Officiellement, il s'est évadé — une fausse évasion soigneusement orchestrée, avec un simulacre de fuite depuis un fourgon de police sur le Pont Notre-Dame, pour donner le change à ses anciens complices du milieu. En réalité, le commissaire Henry l'a fait sortir pour lui confier une mission.
Vidocq a quarante ans. Son parcours est déjà extraordinaire : né à Arras, déserteur, forçat, évadé plusieurs fois du bagne, infiltré dans le monde criminel parisien depuis plusieurs années au service de la police. Henry voit en lui ce que peu d'agents peuvent offrir — une connaissance intime du milieu, une capacité à s'y fondre, et une dette assez lourde envers les autorités pour garantir la coopération.
La mission : créer une brigade d'anciens forçats repentis, capables d'infiltrer les réseaux criminels depuis l'intérieur. C'est la naissance de ce qui deviendra la Sûreté nationale — le premier service de police judiciaire moderne de France. Philippe notait dans sa fiche le véritable usage politique de cette brigade : essentiellement destinée à briser les mouvements sociaux. Le maintien de l'ordre, pas seulement la lutte contre le crime.
Vidocq dirigera la Sûreté jusqu'en 1827. Il inspirera ensuite Balzac pour le personnage de Vautrin, et Victor Hugo pour Javert — les deux faces d'un même homme, le criminel retourné.