Plantée au flanc du Panthéon, la mairie du 5e arrondissement occupe le 21 de la place qui porte le nom du grand mausolée républicain. C'est un de ces édifices municipaux qui semblent faits pour l'histoire ordinaire — état civil, délibérations, paperasse — et que l'histoire extraordinaire s'approprie brutalement dès que Paris vacille.
En 1870, alors que la guerre contre la Prusse désorganise tout, la place du Panthéon se transforme en vaste hall de recrutement : douze bureaux d'enrôlement de la Garde nationale s'y installent, et les hommes du quartier Latin font la queue pour s'armer. L'année suivante, pendant la Commune, la mairie devient un théâtre de tragédies intimes et collectives. Le typographe Jean Allemane, figure communarde du secteur, y enferme Joseph Piazza pour le soustraire à la colère de ses propres hommes — qui lui reprochent de les avoir sacrifiés. Geste de protection qui tourne au drame : on oublie de libérer Piazza, et les Versaillais, entrant dans le bâtiment, le fusillent sur place. Pendant la Semaine sanglante, la défense de la mairie coûte la vie à 200 à 300 combattants, parmi lesquels de jeunes enfants servant d'estafettes à la Commune. Une fois maîtres des lieux, des officiers versaillais y organisent une police parallèle qui sert de couverture à des pillages systématiques dans les maisons du quartier.
Plus de soixante-dix ans plus tard, en juillet 1942, le bâtiment — devenu commissariat — sert de centre de regroupement primaire lors de la rafle du Vél' d'Hiv', opération conduite de bout en bout par la police française.
- 1870 Mairie du 5e arrondissement — siège de bureaux d'enrôlement de la Garde nationale
- Mai 1871 Mairie du 5e arrondissement — position défensive de la Commune, puis lieu d'exécutions sommaires versaillaises
- 1942 Commissariat du 5e arrondissement — centre de regroupement lors de la rafle du Vél' d'Hiv'
- Aujourd'hui Mairie du 5e arrondissement
La mairie du 5e arrondissement occupe toujours le 21 place du Panthéon, face au grand mausolée républicain. On peut y accomplir les démarches administratives habituelles. Aucune plaque ne rappelle, à ce jour, le massacre des fédérés de mai 1871 ni le rôle du commissariat dans la rafle de juillet 1942.