Histoire de la rue
La place doit tout à l'édifice qui la domine. Lorsque Soufflot entreprend, à partir de 1755, la construction de la nouvelle église Sainte-Geneviève — votée par Louis XV en remerciement de sa guérison à Metz —, la colline qui porte l'antique abbaye se couvre de chantiers. La Révolution transforme l'église achevée en temple civique des grands hommes, et la place reçoit son nom de place du Panthéon Français, avant de se stabiliser dans la forme actuelle. Autour d'elle gravitent depuis des siècles quelques-unes des institutions intellectuelles les plus puissantes de Paris : la Sorbonne, la bibliothèque Sainte-Geneviève, la faculté de Droit.
Cette dernière mérite qu'on s'y arrête. C'est sur l'emplacement du collège de Montaigu — fondé en 1624, réputé pour une discipline redoutable, et qui vit passer Érasme, Rabelais, Calvin et Ignace de Loyola — qu'Henri Labrouste élève en 1851 la bibliothèque Sainte-Geneviève, premier bâtiment public de Paris entièrement construit en métal. La modernité de la structure tranche avec la gravité du voisinage.
En 1848, la place devient une bouillonnante fabrique de politique : le n° 9 abrite un club révolutionnaire qui publie l'Éducation républicaine, journal athée et communiste ; le n° 12 en héberge deux autres. En 1870, douze bureaux d'enrôlement dans la Garde nationale s'installent sur la place, tandis que le n° 12 devient le siège des Démoc-socs du 5e arrondissement. Pendant la Commune, c'est là que se réunit le Comité central de l'Union des femmes, que Maxime Lisbonne tranche en galant homme le sort des frères Lafon au n° 17, et que la Semaine sanglante laisse ses traces les plus sanglantes : entre 200 et 300 exécutions sommaires devant la mairie du 5e arrondissement, au n° 21, où des officiers versaillais organisent en parallèle une police de brigandage. L'immeuble du n° 17 gardera des mémoires plus légères : André Breton y rédige avec Soupault les Champs magnétiques depuis l'Hôtel des Grands Hommes, point de départ du surréalisme ; et c'est dans une chambre de ce même hôtel que Belmondo dépose ses valises pour Godard dans À bout de souffle.