24 quai de Béthune
Toponymie — quai de Béthune
Événements à cette adresse
2 événements · 1934 — 1974Georges Pompidou meurt le 2 avril 1974 au 24 quai de Béthune, sur l'île Saint-Louis, d'une maladie de Waldenström — un cancer du sang qu'il dissimulait depuis des années, continuant à gouverner la France tout en sachant qu'il allait mourir. Il a soixante-deux ans. Sa mort en fonction surprend un pays qui, officiellement, ne savait pas qu'il était malade.
Fils d'instituteurs auvergnats, agrégé de lettres, directeur général de la banque Rothschild, Premier ministre de De Gaulle de 1962 à 1968, élu président en 1969 — Pompidou avait le parcours d'un homme qui sait ce qu'il veut et comment l'obtenir. Mai 68 l'avait révélé : c'est lui qui avait négocié les accords de Grenelle avec les syndicats, lui qui avait trouvé la sortie de crise pendant que De Gaulle hésitait.
Sa postérité parisienne est une construction qu'il ne vit pas achevée. En 1969, il avait décidé qu'un grand musée d'art moderne serait construit sur le plateau Beaubourg, site dégagé par les démolitions haussmanniennes. Il avait choisi le projet de Renzo Piano et Richard Rogers — structure métallique apparente, tuyaux de couleur en façade, escalators extérieurs — contre l'avis de presque tout le monde. Le Centre Pompidou ouvre en 1977, trois ans après sa mort. Comme pour la Pyramide du Louvre, ce que Paris avait d'abord moqué est devenu un de ses symboles.
Quai de Béthune, rien n'indique qu'un président y mourut, seulement qu'il y avait habité.
Plaque dédiée à Georges Pompidou, 24 quai de Béthune, Wikimedia
En 1934, sur l'île Saint-Louis, l'industrielle des cosmétiques Helena Rubinstein fait démolir un hôtel de Louis Le Vau, protégé depuis 1927, pour faire bâtir par Louis Süe un immeuble moderne couronné de son triplex. Georges Pompidou y mourra quarante ans plus tard.
L'hôtel d'Hesselin a été élevé de 1640 à 1644 par Le Vau pour Louis Hesselin, maître de la Chambre aux deniers, intendant des Plaisirs du roi et ordonnateur des ballets de la Cour. Ses pavillons s'alignaient le long de la rue Poulletier depuis le quai ; Hesselin y avait son cabinet de curiosités, sa bibliothèque et ses collections, dans des décors de Gilles Guérin, Jacques Sarrazin et Michel Dorigny.
En 1932, Helena Rubinstein rachète l'hôtel au peintre José Maria Sert et le fait abattre en juin 1934. Elle confie l'immeuble neuf à l'architecte-décorateur Louis Süe, qui s'entoure de Louis Marcoussis, Max Ingrand, Paule Marrot et Richard Desvallières. En 1937, elle s'installe dans un triplex où voisinent meubles anciens, pièces de Marcoussis ou de Jean-Michel Frank et tapis tissés d'après des dessins de Jean Lurçat et de Picasso ; elle reçoit le Tout-Paris sur une terrasse de 300 m². Pendant l'Occupation, des Allemands occupent l'appartement et laissent des meubles criblés de balles, qu'elle garde pour illustrer leur barbarie.
Elle loue ensuite l'appartement à Georges et Claude Pompidou ; « ils étaient sages », dira-t-elle. Georges Pompidou y meurt le 2 avril 1974, Claude en 2007. Louis de Funès et Claude Mauriac y ont aussi vécu. Du vieil hôtel ne restent que le balcon de fer forgé du premier étage, quelques peintures de l'escalier, la fontaine de la cour et un décor à arcatures.