En 1934, sur l'île Saint-Louis, l'industrielle des cosmétiques Helena Rubinstein fait démolir un hôtel de Louis Le Vau, protégé depuis 1927, pour faire bâtir par Louis Süe un immeuble moderne couronné de son triplex. Georges Pompidou y mourra quarante ans plus tard.
L'hôtel d'Hesselin a été élevé de 1640 à 1644 par Le Vau pour Louis Hesselin, maître de la Chambre aux deniers, intendant des Plaisirs du roi et ordonnateur des ballets de la Cour. Ses pavillons s'alignaient le long de la rue Poulletier depuis le quai ; Hesselin y avait son cabinet de curiosités, sa bibliothèque et ses collections, dans des décors de Gilles Guérin, Jacques Sarrazin et Michel Dorigny.
En 1932, Helena Rubinstein rachète l'hôtel au peintre José Maria Sert et le fait abattre en juin 1934. Elle confie l'immeuble neuf à l'architecte-décorateur Louis Süe, qui s'entoure de Louis Marcoussis, Max Ingrand, Paule Marrot et Richard Desvallières. En 1937, elle s'installe dans un triplex où voisinent meubles anciens, pièces de Marcoussis ou de Jean-Michel Frank et tapis tissés d'après des dessins de Jean Lurçat et de Picasso ; elle reçoit le Tout-Paris sur une terrasse de 300 m². Pendant l'Occupation, des Allemands occupent l'appartement et laissent des meubles criblés de balles, qu'elle garde pour illustrer leur barbarie.
Elle loue ensuite l'appartement à Georges et Claude Pompidou ; « ils étaient sages », dira-t-elle. Georges Pompidou y meurt le 2 avril 1974, Claude en 2007. Louis de Funès et Claude Mauriac y ont aussi vécu. Du vieil hôtel ne restent que le balcon de fer forgé du premier étage, quelques peintures de l'escalier, la fontaine de la cour et un décor à arcatures.
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