La "Une" de l'Humanité, le 3 avril 1974
Georges Pompidou meurt le 2 avril 1974 au 24 quai de Béthune, sur l'île Saint-Louis, d'une maladie de Waldenström — un cancer du sang qu'il dissimulait depuis des années, continuant à gouverner la France tout en sachant qu'il allait mourir. Il a soixante-deux ans. Sa mort en fonction surprend un pays qui, officiellement, ne savait pas qu'il était malade.
Fils d'instituteurs auvergnats, agrégé de lettres, directeur général de la banque Rothschild, Premier ministre de De Gaulle de 1962 à 1968, élu président en 1969 — Pompidou avait le parcours d'un homme qui sait ce qu'il veut et comment l'obtenir. Mai 68 l'avait révélé : c'est lui qui avait négocié les accords de Grenelle avec les syndicats, lui qui avait trouvé la sortie de crise pendant que De Gaulle hésitait.
Sa postérité parisienne est une construction qu'il ne vit pas achevée. En 1969, il avait décidé qu'un grand musée d'art moderne serait construit sur le plateau Beaubourg, site dégagé par les démolitions haussmanniennes. Il avait choisi le projet de Renzo Piano et Richard Rogers — structure métallique apparente, tuyaux de couleur en façade, escalators extérieurs — contre l'avis de presque tout le monde. Le Centre Pompidou ouvre en 1977, trois ans après sa mort. Comme pour la Pyramide du Louvre, ce que Paris avait d'abord moqué est devenu un de ses symboles.
Quai de Béthune, rien n'indique qu'un président y mourut, seulement qu'il y avait habité.

Plaque dédiée à Georges Pompidou, 24 quai de Béthune, Wikimedia