Au 249–251 de la rue Saint-Honoré s'élevait l'un des couvents les plus agités de Paris. Les Capucins y tenaient leur maison rue Saint-Honoré depuis le XVIIe siècle, avec l'église dont le chevet donnait à hauteur des actuels 7–9 rue de Castiglione. C'est là qu'en 1693 le géographe franciscain Vincenzo Coronelli expose ses deux monumentaux globes — l'un céleste, l'autre terrestre — avant qu'ils ne rejoignent la Bibliothèque nationale.
La Révolution bascule tout. Par le décret du 2 novembre 1789, le couvent est déclaré bien national. Il abrite aussitôt les bureaux de l'Assemblée, mais ses murs résonnent d'une tout autre musique : dès 1790, nobles et ecclésiastiques réactionnaires s'y retrouvent, rêvant de reprendre le pouvoir par les armes. L'abbé Jean-Sifrein Maury y est dans son élément. La même année, une assemblée de prélats et d'aristocrates y lance une protestation solennelle contre le refus de l'Assemblée de reconnaître le catholicisme comme religion d'État. En 1792, les manifestants du faubourg Saint-Antoine, bloqués sur la route de l'Assemblée, plantent dans la cour un peuplier destiné à la terrasse des Feuillants — geste symbolique, arbre de la liberté improvisé.
Sous le Directoire, le couvent désaffecté se mue en phalanstère artistique : François Marius Granet, Anne-Louis Girodet et le jeune Jean-Auguste-Dominique Ingres y partagent une demeure commune en 1796. La même année, le polémiste Armand-Benoît-Joseph Guffroy y installe son journal — jusqu'à ce que les grenadiers du Corps législatif obtiennent son expulsion, avant qu'il ne soit arrêté et banni de Paris le 3 décembre 1796.
Noms successifs du lieu
- XVIIe siècle Couvent et église des Capucins de la rue Saint-Honoré
- 2 novembre 1789 Bien national — bureaux de l'Assemblée installés dans l'enceinte
- 1790 — 1792 Lieu de réunion contre-révolutionnaire et scène de manifestations populaires
- 1796 Atelier et logement collectif de peintres (Granet, Girodet, Ingres) ; brève présence du Journal de Guffroy
- XIXe siècle Couvent démoli, terrain réaménagé (rue de Castiglione et abords des Tuileries)
Toponymie — rue Saint-Honoré
Événements à cette adresse
7 événements · 1693 — 1796Aujourd'hui
Le couvent a disparu, absorbé par les transformations du quartier entre la rue Saint-Honoré et la rue de Castiglione. Rien ne subsiste du bâtiment conventuel. Les deux globes de Coronelli, eux, sont conservés à la Bibliothèque nationale de France.